«Chacun a droit à la manne du casino. Il n'y a aucune raison de la centraliser à un seul endroit.» Claude Grandjean, directeur de la Justice et de la Police fribourgeoises, est catégorique. Les cinq communes de l'agglomération qui entendaient financer la construction et l'exploitation de deux salles de spectacles, dont un Grand Théâtre au centre de Fribourg, grâce aux produits des jeux de casino, peuvent déchanter. A cause de la gourmandise fiscale et du sens de l'équité du gouvernement, elles n'obtiendront pas les millions espérés.

Il est difficile de dire, à ce stade, si la construction de deux théâtres, estimée à 35 millions de francs, est partiellement ou totalement compromise. La convention passée en décembre 1999 entre cinq communes de l'agglomération est pourtant claire. La manne du casino doit couvrir la totalité des frais d'exploitation des deux théâtres et «le surplus» sera destiné «au fonctionnement d'activités culturelles». Si l'agglomération fribourgeoise n'obtient pas de concession pour un casino B (machines à sous et quelques tables de jeu) transformé en vache à lait culturelle, la convention de construction des théâtres devient caduque.

Le gouvernement fribourgeois n'a manifestement pas tenu compte de ces éléments en approuvant la nouvelle loi cantonale qui régira l'exploitation d'un casino dont l'implantation dépendra d'une décision fédérale confortée d'un préavis favorable et concordant du canton et de la commune site.

Sept dossiers ont été déposés. Le canton en appuiera certainement trois sur la base des intenses marchandages menés en coulisses pour obtenir la part fiscale et de redistribution des bénéfices la plus importante possible. Ce marchandage met aux prises les pouvoirs publics et les promoteurs de casinos, mais, dans le cas fribourgeois, il se fera aussi entre le canton et les communes de l'agglomération. Les autorités cantonales ont, contrairement aux communes de l'agglomération, tout avantage à soutenir le projet de la Romande des jeux qui prévoit de redistribuer l'intégralité des bénéfices aux cantons.

De la contestation à la négociation

Les communes de l'agglomération ont rechigné mais ont finalement accepté d'entrer en négociation avec la Romande des jeux. Elles ont intégré ce projet en queue de liste de soutien pour bénéficier de l'indispensable préavis favorable de l'Etat. Dominique de Buman, syndic de Fribourg et président du Grand Conseil, ne restera d'ailleurs pas les bras croisés lors de la discussion parlementaire sur le projet de loi cantonal.

Le gouvernement pense obtenir, grâce au casino, 2 à 3 millions de francs de recettes nouvelles versées dans la caisse générale de l'Etat. Il entend prélever sa part cantonale de 40% de l'impôt fédéral, et toucher une grande partie de la somme théoriquement réservée aux collectivités locales. Seule une petite partie sera consacrée aux activités culturelles de toutes les régions du canton. Dans ces conditions, sur les quelque 10 millions de francs de gains convoités, seuls quelques centaines de milliers de francs reviendraient à l'agglomération fribourgeoise en manque de Grand Théâtre.