La Ville de Fribourg n'entend pas augmenter ses impôts. Malgré une situation financière difficile - les comptes 2005 se sont soldés par un excédent de charges de 7 millions de francs, le budget 2006 prévoit un déficit de 7,5 millions, et la dette communale s'élève à 147 millions -, elle pense pouvoir inverser la tendance ces prochaines années. Tout en menant à bien la construction de la Ssalle de spectacle des Grand-Places, devisée à 34 millions.

Un savant calcul

Pour appuyer ses dires, le Conseil communal (exécutif) a présenté vendredi sa nouvelle planification financière, soit «un outil de gestion dont le but est de définir, sur plusieurs années, le développement prévisible de l'ensemble des recettes et des charges de fonctionnement», selon les termes du syndic, Pierre-Alain Clément (PS). L'exercice porte jusqu'en 2011.

Le principe de cette planification s'avère assez complexe. On a estimé une moyenne de croissance plausible des charges et des recettes, en se basant sur un pourcentage calculé à partir de la moyenne conjuguée des dix dernières années comptables sans la plus haute et la plus basse valeur, et des cinq dernières années comptables.

Grâce à cette savante méthodologie, le Conseil communal est en mesure d'affirmer que, d'ici à 2011, les comptes de la Ville resteront dans le rouge, mais à des profondeurs jugées «acceptables». A en croire Pierre-Alain Clément, les déficits devraient ainsi osciller entre 4,5 et 3 millions.

Mais pour parvenir à ce résultat, l'exécutif devra prendre différentes mesures (compression des charges de personnel, restriction des biens, services et marchandises). Il escompte surtout un prochain changement du système fribourgeois de péréquation intercommunale, qui devrait limiter la croissance des charges liées de la capitale cantonale à un taux de 3%.

Dans le même temps, le découplage de l'impôt sur le revenu entre le canton et les communes, décidé en octobre par le Grand Conseil, permet d'envisager une hausse du taux de croissance de ses recettes de 2,5%.

Enfin, le Conseil communal fixe une limite d'amortissement annuelle de 7,2 millions de francs aux investissements futurs, dont 600000 francs pour la salle de spectacle, à partir de 2010 seulement. Déduction faite des subventions, cette dernière coûtera à la Ville environ 17 millions. A un taux de 3%, la construction serait ainsi amortie dans un délai de 30 ans.

Le canton ouvre l'œil

Chef du Service cantonal des communes (Scom), Gérald Mutrux suit d'un œil attentif la situation de Fribourg. Sans avoir encore étudié le plan financier en détail - qui était une condition sine qua non pour que le Scom autorise le financement du théâtre -, il espère que celui-ci ne surévalue pas l'apport de la nouvelle péréquation. «Car cette dernière ne résoudra pas toutes les difficultés de Fribourg», note-t-il.

Et de poursuivre: «Le problème, avec ce genre de planification, c'est que cela ne donne aucune indication sur la capacité financière réelle de la commune. Cette approche qui consiste à déterminer un montant maximum d'amortissement est un peu déroutante. La Ville de Fribourg a le droit de procéder ainsi, mais, généralement, on essaie plutôt de calculer la somme globale qu'une entité communale peut investir.»