Il y a dix jours, les électeurs de la ville de Fribourg mettaient en place de nouvelles autorités pour une période de cinq ans. Le Conseil communal (exécutif) conserve une majorité de droite (2 PDC, 1 radical, 2 socialistes), alors que le Conseil général (parlement) est théoriquement en mains de la «plate-forme de gauche» qui détient 41 sièges sur 80.

Cette situation de cohabitation changera-t-elle les conditions de gestion de la capitale de 35 000 habitants? Va-t-elle rendre encore plus ingouvernable une ville qui a déjà souffert durant la dernière législature de fortes dissensions internes dues au mode de fonctionnement de l'ancienne équipe formée de neuf membres (Le Temps du 13 février)?

Trois semaines avant l'assermentation des autorités et la désignation du syndic par le collège municipal, les langues se délient peu. La gauche plurielle tente de définir des procédures de concertation qui lui permettront de tirer avantage du nouveau rapport de force alors qu'en coulisses se prépare la bagarre pour l'obtention des présidences de commissions.

Christoph Allenspach, président du Parti socialiste local, revendique déjà pour son parti la présidence de la prestigieuse commission financière, celle qui a le plus de pouvoir dans un système fribourgeois qui en laisse peu au parlement communal. «Le Conseil général ne peut que réagir et non agir, explique le président du PS. Fribourg est le seul canton où le législatif communal n'a aucune compétence dans le domaine de l'aménagement du territoire ou les questions scolaires. C'est un système moyenâgeux.»

En cas de mésentente entre l'exécutif et le parlement, il est dès lors facile au syndic et à ses pairs d'éluder des oppositions à d'importants projets de développement. La situation n'est pas près de changer après le récent refus du Grand Conseil d'introduire le droit de motion dans la loi sur les communes. Le changement de majorité au sein du Conseil général relativise donc la victoire de la gauche.

Jean-François Steiert, ancien secrétaire général du Parti socialiste suisse, candidat malheureux à l'exécutif de la ville de Fribourg, estime que la gauche peut néanmoins fixer un certain nombre de priorités, notamment pour améliorer l'attractivité de la ville qui perd des contribuables, et faire passer ses idées au Conseil général lors de séances extraordinaires.

Le syndic démocrate-chrétien Dominique de Buman, à qui personne ne songe ravir la présidence du collège communal, se veut conciliant. Il promet «un large débat de fond» avant la fin de l'année sur un programme de législature assorti d'un plan financier. «Nous tiendrons compte des critiques positives. C'est une question d'intelligence si nous entendons ensuite obtenir les crédits nécessaires à sa réalisation.» Selon Claude Joye, président de la commission financière, la nouvelle équipe du Conseil communal, désormais composée de cinq personnes à plein temps «sur pied d'égalité», est entrée «dans un nouveau type de collaboration» qui éloigne le risque de conflits internes.

Enlisée dans les problèmes financiers, avec un déficit qui avoisine les 7 millions de francs, dépendante du processus de rapprochement des communes de l'agglomération urbaine dont elle ne maîtrise pas le rythme, à la poursuite du mirage de la construction d'un Grand Théâtre grâce aux hypothétiques bénéfices d'un casino, la ville de Fribourg a besoin d'un nouveau souffle.