Mobilité 

La ville de Genève combat l’autoroute du Chablais

Un recours va être déposé le 14 février contre le tracé autoroutier entre Thonon-les-Bains et Machilly, a annoncé lundi le conseiller administratif Rémy Pagani. Le président du département de Haute-Savoie fulmine

Une autoroute peut-elle causer un incident diplomatique? A Genève, on s’en approche dangereusement. Alors que Paris a donné fin décembre un préavis positif à la construction d’un tronçon autoroutier de 16,5 km entre Thonon-les-Bains et Machilly, près d’Annemasse, la ville de Genève lance un recours pour s’opposer à un «projet coûteux et obsolète» qui doublonne de surcroît le Léman Express fraîchement inauguré. Elle se met ainsi en porte-à-faux avec le canton, favorable au projet estimé à 250 millions d’euros.

Pour Rémy Pagani, conseiller administratif chargé du Département des constructions et de l’aménagement, l’autoroute pose de graves problèmes environnementaux et sanitaires. «Il y a trente ans, un projet similaire avait été refusé, rappelle le magistrat. On voudrait le faire renaître aujourd’hui à l’heure de l’urgence climatique, alors qu’un train effectue le même tracé? C’est aberrant.» Pour combattre cette «autoroute du passé», le Conseil administratif a mandaté l’avocat parisien Christian Huglo, spécialiste de l’environnement, qui avait obtenu l’abandon du précédent projet en 1997. «En matière d’environnement, l’autoroute et le train ne sont pas comparables», avance Christian Huglo, soulignant les effets néfastes du trafic routier sur l’atmosphère et la biodiversité. Le recours sera déposé à Paris le 14 février prochain.

Impact environnemental

Effectuées avant la mise en service du Léman Express, qui draine déjà quotidiennement quelque 25 000 passagers, les études d’impact du projet sont aujourd’hui caduques selon les recourants. «En 2010, seuls 3% des pendulaires lausannois prenaient le train pour se rendre à Genève, contre 45% aujourd’hui, avance Rémy Pagani. On espère les mêmes chiffres pour le Chablais.» Contrairement au dossier sur la centrale du Bugey, la ville ne dispose pas, cette fois, du soutien du canton. «Jusqu’ici, le Conseil d’Etat ne nous a pas contredits, argumente le magistrat. Qui ne dit mot consent.»

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Pour mener la lutte, le magistrat peut néanmoins compter sur des associations françaises d’habitants et de protection de l’environnement, qui vont elles aussi déposer deux recours. Elue à Thonon et membre de l’Association de concertation et de proposition pour l’aménagement et les transports (Acpat), Elisabeth Charmot craint pour la santé des habitants. «Outre la pollution, c’est 150 hectares de terres agricoles qui disparaîtront sous le goudron», prévient-elle, très remontée contre un projet qui s’annonce déficitaire. Pour preuve, selon elle, la subvention départementale de 100 millions d’euros au futur concessionnaire autoroutier.

Confiance rompue

Président du département de Haute-Savoie, Christian Monteil voit d’un très mauvais œil la démarche de la ville. «Je peine à comprendre cette attitude cavalière qui consiste à renier des engagements pris précédemment», déplore-t-il, affirmant que la confiance est désormais «rompue». Il faut dire que la ville a signé, tout comme le canton, la Charte d’engagement du projet de territoire Grand Genève 2016-2030 dans laquelle l’autoroute est mentionnée côté projets français.

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Il n’empêche: à quoi bon construire une autoroute qui emprunterait le même tracé qu’un train existant? «Les deux propositions ne sont pas concurrentes mais complémentaires, estime Christian Monteil. Le désenclavement du Chablais n’est pas conçu exclusivement pour les travailleurs frontaliers. Il s’agit de libérer une région aujourd’hui fermée sur elle-même.» Sur le fond, le président doute que le recours de la ville aboutisse: «Lors de l’enquête publique, l’exécutif avait déjà émis des réserves qui ont toutes été analysées par les commissaires pour aboutir à un préavis positif, affirme-t-il. Sans nouvel élément, leur opposition est très faible.» La réponse du Conseil d’Etat français est attendue d’ici un à deux ans. D’ici là, les recours déposés n’ont pas d’effet suspensif.

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