L'exécutif de la Ville de Genève élu en mai dernier a rendu sa première copie budgétaire: hier, il a présenté le projet de budget 2000 à l'administration et aux élus du parlement municipal. Pierre Muller, maire libéral, responsable des Finances et unique magistrat de droite dans une équipe dominée par le rose, le rouge et le vert, a annoncé un déficit présumé de sept millions de francs pour 2000.

Les charges escomptées s'élèvent à 819 millions, tandis que les revenus attendus sont de 812 millions. «Nous avons l'obligation légale de retrouver l'équilibre financier en 2001. Nous y sommes presque. En tout cas, nous sommes dans le trend qui nous est imposé par le canton et la loi sur l'administration des communes», commente sobrement Pierre Muller.

Depuis près de deux ans, la Ville de Genève doit en effet rendre des comptes serrés au Département cantonal de l'Intérieur qui fonctionne comme autorité de surveillance: la municipalité s'était enfoncée dans les chiffres rouges et s'était montrée incapable de redresser la situation, si bien qu'à la fin 1997, le Conseil d'Etat avait déclaré illégal le budget 1998 bidouillé par les élus pour tenter de le rendre convenable.

Depuis, grâce à une embellie sur les recettes fiscales et à un travail sur les dépenses (avec une compression des charges du personnel notamment), la situation s'est redressée chaque année. Après le choc de 1996, où les comptes avaient révélé un déficit de 65 millions de francs, soit le double de l'excédent de charge budgété, on est passé à une amélioration en 1997 avec un déficit de 27,5 millions de francs (alors que le budget prévoyait 16 millions). Une nouvelle bonne surprise pour 1998 a suivi. La tendance s'est alors inversée: l'excédent de charge escompté était de 51 millions, les comptes se sont finalement soldés sur un trou de 14,6 millions.

Des rentrées fiscales meilleures que prévu avaient provoqué cette embellie. Ce sont elles qui expliquent à nouveau le déficit budgété de 7 millions pour l'an 2000. Les impôts sont estimés à 545,1 millions de francs, soit une augmentation de 5,3% par rapport au budget 1999. «D'ailleurs, annonce déjà Pierre Muller, selon nos estimations, le déficit des comptes 1999 sera inférieur aux 46 millions budgétés.»

Dans le projet de budget 2000, quelques subventions et allocations sont en augmentation, reflet des préoccupations de la majorité de gauche: l'aide personnalisée aux locataires, le budget de la petite enfance (l'ouverture d'une nouvelle crèche est prévue), celui de la création indépendante, ainsi que les allocations sociales. En revanche, les investissements, budgétés à 115,6 millions de francs, sont en diminution par rapport au budget 1999.

Du côté de la fonction publique, l'accord signé pour les années 1998, 1999 et 2000 continue d'être appliqué. Il prévoit le gel des annuités, de la progression du 13e salaire et des promotions. Mais lundi, lors de la présentation du projet de budget, Christian Ferrazino, nouveau chef du Département municipal de l'aménagement, des constructions et de la voirie, et élu de l'Alliance de gauche, a volé au secours des fonctionnaires: «Dès 2000, si les chiffres restent favorables, nous verrons si nous pouvons en faire profiter les fonctionnaires. Des discussions seront ouvertes prochainement avec le personnel pour voir ce que l'on fait de cet accord.»

Sur ce thème, comme sur d'autres qui sont apparus au cours de la présentation du budget, les élus de gauche ne cachent pas leurs «divergences d'opinion» avec Pierre Muller. Le libéral se retrouve complètement minorisé, mais il entend faire connaître son avis pour éviter que la droite ne lui reproche, comme ce fut le cas pendant la campagne électorale, d'avoir été trop consensuel. Ainsi, si le chef des Finances ne craint pas les éventuels effets d'une acceptation de l'initiative libérale demandant une baisse d'impôt sur les finances municipales, ses collègues, eux, sont très inquiets des reports de charges que cela pourrait entraîner. La semaine prochaine, annoncent-ils, ils diront publiquement leurs craintes et leur opposition au texte libéral.