Genève

En ville de Genève, le laisser-aller a aussi gagné la haute administration

Un rapport identifie de nombreux cas de chefs de service dépensant de l’argent public à tort et à travers. Plus de la moitié des occurrences étudiées ne sont pas conformes au règlement

En ville de Genève, il n’y a pas que les élus qui sont oublieux avec l’argent public. Un rapport du Contrôle financier portant sur l’année 2017 montre que les hauts fonctionnaires aussi transgressent les règles. «Sur 262 écritures comptables contrôlées […], 48% sont conformes au règlement», synthétise le document de 60 pages où les contrevenants ne sont pas nommés.

Les voyages sont l’occasion d’entorses récurrentes. Des chefs de service ont engagé des frais supplémentaires, sans autorisation, afin de disposer en avion de plus de place pour leurs jambes, ou de profiter de la 1re classe en train.

Un parc en Zambie

Surprise: le rapport mentionne le Parc national de Kafue, en Zambie. Quelle était la mission confiée au fonctionnaire qui y a passé une nuit? La préparation d’une exposition par un directeur de musée et un collaborateur, répond Sami Kanaan, chargé du Département de la culture. Après un trajet de vingt-trois heures, décision a été prise d’y faire une halte. Il s’agissait d’un séjour professionnel, mentionné pour un dépassement de prix indicatif, conclut le maire.

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Concernant l’usage des cartes de crédit professionnelles (15 contrevenants), une personne a effectué des achats privés pour 23 886 francs sur quatre ans. La direction du département concerné a identifié ce cas, selon le rapport. Cette cheffe de service est privée de carte. Elle a remboursé l’intégralité des sommes et a été sanctionnée, assure Sami Kanaan.

SMS surtaxés

Le téléphone est une autre source de dérapages: 34 collaborateurs ont dépassé la somme de 100 francs mensuels. Deux ont explosé le plafond avec plus de 1000 francs. L’envoi de SMS surtaxés notamment pour des billets de bus à des fins privées semblait être la règle pour certains.

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La surreprésentation du Département de la culture dans ce rapport est liée à la méthodologie, se défend Sami Kanaan: «En raison de la nature des dépenses effectuées par les institutions patrimoniales du département, notamment dans le cadre de voyages à l’étranger, la grande majorité des «grosses» dépenses se font chez nous.»

Trois niveaux de contrôle

La ville connaît trois niveaux de contrôle. Force est de constater que cela n’a pas suffi. Le rapport souligne aussi le manque de clarté de certaines règles. Une source qui connaît les faits estime qu’il n’y a en réalité pas de supervision: «Au mieux, les responsables délèguent cette tâche à des personnes qui sont hiérarchiquement inférieures à celles qu’elles doivent contrôler.»

Comment le conseil administratif compte-t-il remédier à cette situation? «Nous allons renforcer le système de contrôle interne basé sur les risques clés, tant sur les aspects de validation que de contrôle, répond le maire. Ce renforcement ne pourra toutefois se faire qu’après la simplification et l’harmonisation des règles actuelles.»

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