Genève internationale

La Ville de Genève ne plie pas face au consulat turc

L'exécutif municipal maintient son autorisation de l'exposition du photographe genevois d’origine kurde et arménienne sur la place des Nations. L'un de ses clichés, critique envers le gouvernement d'Ankara avait suscité la colère de la Turquie

La Ville de Genève a décidé mardi après-midi de maintenir l’exposition du photographe genevois d’origine kurde et arménienne Demir Sönmez, actuellement visible sur la place des Nations. L’un de ses 58 clichés avait généré la colère du consulat turc. Lequel avait adressé la semaine dernière une missive à la Municipalité pour demander son retrait de l’exposition située face à l’organisation onusienne.

Lire aussi: La Turquie demande le retrait d’une photographie critique contre le régime d’Ankara

Attachement à la liberté d’expression

Représentant le visage dessiné d’un adolescent mortellement blessé, le 16 juin 2013, par une grenade lacrymogène tirée par un policier lors d’une manifestation contre le régime d’Ankara, la photographie est accompagnée d’une légende: «Je m’appelle Berkin Elvan, la police m’a tué sur l’ordre du premier ministre turc.»

L’exécutif rappelle son attachement à la liberté d’expression et souligne que ce travail photographique «est une manière de rendre hommage aux nombreux groupes de population qui défilent ou se rassemblent pour la défense des droits humains». Or, renchérit la Ville de Genève, «ces manifestations se déroulent très régulièrement et en toute légalité sur la Place des Nations, lieu symbolique au cœur de la Genève internationale».

L’ambassadeur de Turquie se fend d’un communiqué

Contactée, l’ambassade de Turquie à Berne nous renvoie au communiqué, publié sur son site. «Nous respectons la liberté de chaque artiste, et du contenu qu’il décide d’y mettre dans ses oeuvres, écrit Mehmet Tuğrul Gücük, ambassadeur de Turquie en Suisse. Cependant, les propos de cette photographie, où le Premier ministre de la République turque (Recep Tayyip Erdoğan, ndlr) est traité de façon injuste et irréelle, ont provoqué une réaction chez certaines ONG turques de Suisse et de Genève. Nous avons tenté de dialoguer avec les autorités municipales pour porter cette affaire à leur attention. Cependant, toute l’affaire est éloignée de son contexte, ce qui n’est pas une bonne approche.»

Quant à la fédération des associations turques de Suisse romande, son président Celâl Bayar ne se déclare «personnellement» pas dérangé par cette photographie, pas plus que n’est l’est sa fédération, «surtout que nous avons déploré l’intervention démesurée des forces de l’ordre» (lors du décès du jeune homme, place Taksim, le 16 juin 2013, ndlr). «En revanche, ajoute Celâl Bayar, je trouve scandaleux que l’on ait instrumentalisé cette exposition pour monter en épingle cette affaire pour discréditer la Turquie. Le consul m’a indiqué qu’il n’avait jamais fait parvenir de lettre à la Ville de Genève mais qu’il s’était entretenu avec la Municipalité sur des plaintes de certains membres de la communauté turque.»

Contactée, la Ville de Genève confirme ne pas avoir reçu de lettre, mais un appel téléphonique du consulat de Turquie, contrairement à ce qu'a affirmé le quotidien Le Courrier qui a révélé cette affaire.


L’exposition de Demir Sönmez «Place des Nations, Place des peuples» sera visible jusqu’au premier mai 2016.

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