Nos révélations sur la compagnie de danse contemporaine Alias continuent de faire réagir. Pour rappel, à la fin du mois d’août 2021, le directeur de la compagnie avait été condamné à 5 mois de prison avec sursis pour attouchements sexuels sur une jeune danseuse. Il a fait appel auprès du tribunal lausannois qui a jugé cette affaire dont les faits remontent à 2018. Les dérapages du chorégraphe duraient depuis des années, selon les témoignages recueillis dans notre article. Un témoin, salarié d’Alias, dit avoir averti une personne responsable des services culturels de la ville de Genève dès 2009. Aucune suite n’avait été donnée par cette administration, pourtant subventionneuse de la compagnie, avec la ville de Meyrin, le canton de Genève et Pro Helvetia.

Lire notre enquête A Genève, des danseuses de la compagnie Alias dénoncent des années d’abus sexuels

Après s’être prononcé en défaveur de l’ouverture d’une enquête sur le service culturel qu’il dirige aujourd’hui mais que les acteurs de 2009 ont tous quitté, Sami Kanaan soutient l’idée d’une enquête plus large. Le conseiller administratif l’a fait savoir par voie de communiqué: «Suite aux révélations du quotidien Le Temps, de nature extrêmement choquante, la Ville de Genève souhaite que soit menée une enquête indépendante afin d’apporter un éclairage plus complet et circonstancié sur les faits de harcèlement et d’abus dans le milieu de la danse contemporaine, notamment pour comprendre comment une telle situation comme celle de la compagnie Alias a pu durer si longtemps et préciser et compléter les mesures déjà initiées pour qu’elle ne puisse plus jamais se reproduire.» La ville a proposé aux partenaires qui soutenaient Alias «de mener l’enquête conjointement», dit le texte.

«Proposer des recommandations plus globales»

Le communiqué se conclut sur l’annonce de la volonté du magistrat d’ouvrir cette investigation «à l’ensemble du secteur, afin de prendre en compte ses réalités structurelles et proposer des recommandations plus globales». Le conseiller administratif dit vouloir proposer «cette démarche aux principales collectivités publiques impliquées dans ce secteur en Suisse romande».

Sami Kanaan répond ainsi en partie à une demande du Syndicat Suisse Romand du Spectacle (SSRS) et du collectif d’artistes Art_sainement. Anne Papilloud, du SSRS, accueille favorablement le communiqué municipal. «Le plus important pour nous, souligne-t-elle, est que toute la lumière puisse être rapidement faite sur cette affaire. Il est important que le cadre soit discuté en collaboration avec les associations professionnelles d’autant plus si l’enquête dont parle la ville a un périmètre plus large. Pour ne pas perdre de temps, cet élargissement serait sans doute intéressant dans un second temps.»