élections

La Ville de Genève reste aux mains de la gauche

Le Conseil administratif ne compte toujours qu’un seul élu de droite. Le socialiste Sami Kanaan sort en tête

Au bouleversement du Conseil municipal de la Ville de Genève, où le MCG avait fait une entrée fracassante le 13 mars dernier, répond la stabilité de l’exécutif, dont la composition est restée inchangée à l’issue du scrutin de dimanche. Quatre élus de gauche, dont deux sortants et deux novices qui héritent des sièges laissés vacants par le socialiste Manuel Tornare et le Vert Patrice Mugny, et un de droite. Les candidats du MCG et de l’UDC, ainsi que le PDC Michel Chevrolet, ne passent pas la rampe. Le taux de participation de 36,5% pour l’ensemble du canton est en baisse par rapport à il y a quatre ans (38%).

Pas de surprise non plus pour l’attribution du cinquième et dernier siège: c’est le sortant radical Pierre Maudet (15 415 voix) qui l’emporte, même s’il a flirté durant quelques heures avec le quorum, laissant planer la possibilité d’un deuxième tour. Le magistrat n’a finalement pas fait les frais de la concurrence de sa colistière Florence Kraft-Babel (11 494), alliée à la fois à l’Entente bourgeoise (libéraux, radicaux, PDC) et à l’UDC. Malgré l’avantage mathématique que lui offrait son alliance avec le parti de la droite nationaliste, celle-ci a, comme on pouvait s’y attendre, été victime de coups de crayon rageurs: 1400 au total, provenant largement de son propre camp: près de 700 du PLR et 260 du PDC. Les électeurs UDC l’ont quant à eux biffée 154 fois. Au total et à titre de comparaison, Pierre Maudet n’a été biffé que 185 fois.

La gauche conserve sa mainmise sur l’exécutif, mais elle a reculé et perdu la majorité absolue au municipal. L’avertissement est clair: même dans son fief le plus solide, elle est ébranlée et devra, plus que par le passé, se résoudre à transiger, et prendre la mesure de son affaiblissement progressif. Mais dimanche, l’ambiance était à la liesse, dans le camp de l’Alternative de gauche. Premier avec 19 511 suffrages, le socialiste Sami Kanaan s’offrait même le luxe de brûler la politesse à sa collègue, la sortante Sandrine Salerno, maire de la Ville, qui arrive deuxième avec 19 285 voix. Un résultat inespéré pour celui que l’on disait si réservé et peu charismatique. «Je suis connu en ville, dans les réseaux associatifs et mon ancienne fonction de directeur du Département des affaires sociales de Manuel Tornare m’a permis de rencontrer beaucoup de monde en cinq ans, explique le nouvel élu. J’ai dû laisser de bons souvenirs. Et comme je savais que j’avais un déficit de notoriété à combler, j’ai fait une campagne très active.» Le PS conserve ainsi le leadership au sein de la gauche, mais Sami Kanaan se garde de toute arrogance lorsqu’on aborde la question de la répartition des dicastères. Car lors de la précédente législature, Manuel Tornare avait précocement fait valoir son intention de reprendre le Département de la culture, ce qui avait braqué ses collègues, donné lieu à une répartition conflictuelle des départements, et les deux élus socialistes s’étaient maintes fois retrouvés isolés au sein de l’exécutif durant la législature. Sami Kanaan se montre donc prudent: «L’essentiel est que nous trouvions un accord. Plusieurs scénarios sont envisagés. Le social m’intéresse, mais la culture serait aussi un défi passionnant, nous verrons.»

Les deux socialistes sont suivis par la Verte Esther Alder, 19 194 voix. Peu connue malgré ses anciens mandats de députée et de conseillère municipale, cette responsable de Carrefour Rue, qui réussit toujours de belles élections, notamment en raison de sa popularité dans les réseaux associatifs, a devancé le sortant Rémy Pagani, membre d’Ensemble à gauche (18 984 voix). Le Conseil administratif compte désormais deux femmes: «Les rapports au sein du Conseil administratifs en seront rééquilibrés», note l’élue Verte, qui a déjà fait valoir qu’elle ne souhaitait pas reprendre le Département de la culture laissé par Patrice Mugny. Les négociations entre les cinq élus commenceront dès demain.

Ils devront ensuite affronter une législature délicate où la Ville devra se préparer à voir ses ressources financières baisser: en perspective, la suppression programmée de la taxe professionnelle, et la réforme de la fiscalité des entreprises envisagées par le canton.

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