VALAIS

A la Ville de Martigny, l'insolente élection d'Anne-Laure Couchepin

A 31 ans, la fille du président de la Confédération Pascal Couchepin entre à l'exécutif de Martigny, alors que le Parti radical perd un siège suite à des querelles internes. Portrait.

Il fallait donc croire au présage, dans les allées grouillantes de la Foire du Valais, à l'avant-veille des élections communales. «Quoi qu'il arrive, Anne-Laure Couchepin-Vouilloz est la meilleure candidate. Souvenez-vous de ça», lâchait alors, au hasard des rencontres, un certain Christophe Darbellay, magnanime dans son rôle de héraut de la politique valaisanne.

En attendant les preuves fermes de ces avances, force est de constater que la fille du président de la Confédération Pascal Couchepin n'a pas retenu l'attention du président du PDC pour rien. Elle signa le deuxième meilleur score de sa liste dimanche à l'exécutif de Martigny. Le meilleur score absolu si l'on comptabilise uniquement les voix radicales.

Le radicalisme dans le sang

Lendemain de veille au coude du Rhône, à la table d'un café de la Place centrale, lieu de toutes les attentions politiques depuis de nombreux mois. Anne-Laure Couchepin-Vouilloz doit forcément être plus enthousiaste qu'elle ne le montre. A 31 ans, elle entre à l'exécutif d'un fief radical par la grande porte. Alors que son pedigree politique est encore vierge.

Quoique le radicalisme lui coulât dans les veines dès le berceau, elle assure avoir senti le besoin de «laisser mûrir» avant de songer à un engagement. Et à un parti.

Mariée et une fois maman, la jeune femme termine son brevet d'avocat-notaire, après avoir rapidement mis un terme à sa carrière de physiothérapeute. «Eduquée dans l'intérêt de la chose publique», résume-t-elle sobrement, un jour l'envie lui vint de mettre «facilités» et ses «connaissances» au service de la collectivité. «C'était il y a deux ou trois ans.»

«Jeu de massacre»

L'élection d'Anne-Laure Couchepin-Vouilloz n'est pas en soi un tremblement de terre à Martigny. Ce qui l'est davantage, c'est le contexte politique dans lequel elle s'est déroulée. Le Parti radical a perdu un siège au Conseil communal dans des conditions scabreuses qui ont coûté leur fauteuil à deux élus en place.

A l'analyse des scrutins, César Conforti et Dominique Delaloye, respectivement conseiller communal et vice-présidente de la Ville, tous deux candidats déclarés à la présidence pour la succession d'Olivier Dumas, ont finalement été les victimes d'une féroce concurrence entre eux et ont chacun accusé des coups de crayon par centaines.

Pire, argumentent certains, dont Adolphe Ribordy, grand connaisseur de la scène politique martigneraine et supporter déclaré de Dominique Delaloye, le complot aurait été fomenté depuis longtemps pour laisser le champ libre au troisième présidentiable, Marc-Henri Favre, élu. Rein d'autre qu'un «jeu de massacre».

Assurer son élection...

Le Parti radical, quoique amputé de son sixième fauteuil (sur neuf) conserve toutefois sa majorité absolue. Pas étonnant que le président du parti libéral radical valaisan Léonard Bender insiste pour modérer le verdict des urnes: «Martigny est la seule ville de Suisse où le parti radical détient la majorité absolue en suffrages et en sièges. En fin de compte, la répartition des sièges au Conseil communal est aujourd'hui beaucoup plus fidèle à la force réelle des partis.»

Anne-Laure Couchepin-Vouilloz, apparemment beaucoup moins incisive que son père dans les discours et analyses d'après-campagne, commente le carnage avec un certain détachement: «C'est dommage parce qu'on perd des forces vives qui réalisaient un vrai travail.» Elle en tire toutefois une leçon sur le plan électoral: «Cela peu paraître élémentaire, mais j'ai toujours prétendu qu'il fallait assurer son élection avant de prétendre à la présidence...»

«La politique dans la rue»

Anne-Laure Couchepin-Vouilloz a forcément profité de ce contexte politique pour s'imposer aussi nettement. «N'allez pas essayer de me faire dire que ses voix viennent d'ailleurs que de ses qualités», commente un Léonard Bender conquis par la nouvelle élue et persuadé que c'est naturellement sa personnalité et son programme qui ont séduit l'électorat.

A quel point le réseau de Pascal Couchepin (qui a présidé Martigny de 1985 à 1998) en ville a-t-il également pesé dans la balance? Comme elle s'est tenue à l'écart du jeu des présidentiables, la principale intéressée assure s'être gardée de racoler à tout va dans un élan électoraliste. «L'intérêt d'une ville de la taille de Martigny, c'est qu'on peut faire de la politique dans la rue, convaincre en rencontrant les gens. Pas besoin d'actionner une machine à élire pour cela...»

La suite se jouera à la table du Conseil communal. A quelques heures de l'assemblée du parti qui décidera ou non de se ranger derrière sa candidature pour la vice-présidence de la ville, vu son score, Anne-Laure Couchepin-Vouilloz égraine déjà quelques-unes de ses ambitions pour la ville: la future morphologie de la place centrale, des conditions de fiscalité avantageuses à conserver absolument.

«Respect de l'individu»

Le modèle «exemplaire» des structures d'accueil pour enfants et personnes âgées, enfin, «où Martigny doit conserver son avance.» De quoi apaiser certaines angoisses chez ceux qui pensaient qu'en perdant Dominique Delaloye ils perdaient aussi l'unique représentante attitrée de la tendance sociale du Parti radical à Martigny. «Si nous sommes désormais tous regroupés sous la bannière libérale-radicale, c'est que la notion de respect de l'individu nous importe. On est tous censés porter ces valeurs.»

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