Après le projet de nouveau stade de la Maladière, qui marquera dès 2006 son entrée est, Neuchâtel pourrait réhabiliter les Bains des Dames de l'Evole, à l'extrême ouest de la cité. «Pourrait», car le Conseil général (parlement) doit encore donner son aval à un crédit de 580 000 francs, sur 1,1 million nécessaire à la rénovation de l'édifice. Le solde sera financé à parts égales par la Confédération et le canton. Pro Patria s'est pour sa part engagé à verser 30 000 francs.

Ces travaux – qui devraient débuter cet été et s'étendre sur une année – ne constitueraient pas un luxe pour un bâtiment délabré, très loin de sa splendeur d'antan. Construits entre 1892 et 1893 par l'architecte Léo Châtelain, les Bains des Dames comportaient à l'origine plusieurs coupoles en zinc correspondant à la mode orientale de l'époque. Comme dans les six autres bains que comptait la ville à l'époque, Neuchâtelois et Neuchâteloises se baignaient à l'abri des regards de l'autre sexe, protégés par une structure en «C» masquant les eaux du lac.

Au fil des ans, les crues des eaux du Jura et le remblaiement des rives causent peu à peu la disparition de tous les bains de la ville. Uniques survivants, les Bain des Dames continuent à attirer les baigneurs jusqu'au début des années 60. «On ne sait pas exactement pourquoi ça s'est arrêté», raconte Pascal Solioz. Le chef des constructions de la ville de Neuchâtel donne toutefois quelques pistes: «L'habitude de se baigner en se cachant a disparu, rendant les lieux moins attractifs. La proximité de l'embouchure du Seyon, qui ne disposait pas de station d'épuration à l'époque, a fini par rendre l'endroit peu propice à la baignade. Enfin, le déplacement de la ligne de tram juste à l'arrière du bâtiment, entre 1961 et 1964, a entraîné une dévalorisation de sa volumétrie.» L'impact des travaux est tel que les autorités envisagent même de détruire l'édifice. A la dernière minute, une pétition lancée par une association de baigneuses permet de sauver ce qui peut encore l'être.

Désertés pendant vingt ans, les lieux reprennent partiellement vie en 1986 avec l'installation du Ski nautique club de Neuchâtel. Bien qu'en mauvais état, les bains remplissent à nouveau leur rôle de transition entre terre et eau. En 1999, Lothar cause d'importants dégâts aux emmarchements menant au lac, ce qui entraîne la réfection urgente des soubassements.

Véritables miraculés, les Bains des Dames ne retrouveront pas exactement leur silhouette de la fin du XIXe siècle. «Nous avons les plans de l'époque et nous allons reconstituer le bâtiment au plus près, en lui rendant ses coupoles, indique Pascal Solioz. Mais on ne va pas en faire un Ballenberg.» En clair: la réhabilitation s'apparentera plus à une relecture du lieu qu'à une recréation du passé. L'accès sera plus clairement identifié et des ouvertures dans la façade permettront d'ouvrir les bains sur l'extérieur. «On souhaite que ce soit un lieu convivial, que les gens aient plaisir à fréquenter», reprend l'architecte.

Une buvette-restaurant permettra aux baigneurs et aux skieurs – qui resteront locataires des lieux – de se restaurer. «Aucune décision n'a été prise quant au profil de l'établissement, ajoute Pascal Solioz. Mais on désire bien sûr qu'il soit attractif.» De quoi en faire, qui sait, un lieu de rencontre privilégié à l'image des incontournables Bain des Pâquis genevois.