Au lendemain de l’arrestation de l’imam la mosquée An’Nour, à Winterthour, ainsi que de trois autres personnes sous enquête du Ministère public zurichois pour provocation à la violence, des voix s’élèvent pour réclamer la fermeture définitive de ce lieu de culte. Avant ce dernier rebondissement, l’UDC voulait déjà voir l’association responsable mettre la clef sous la porte. La mosquée doit être «immédiatement fermée. C’est la seule façon de faire table rase», affirmait à son tour hier, dans la NZZ, Saïda Keller Messahli, directrice du Forum pour un islam progressiste. La militante zurichoise critique la ville de Winterthour, qui aurait dû intervenir plus tôt à ses yeux.

Fermeture contre-productive

Car la mosquée An’Nour fait parler d’elle depuis plusieurs années déjà pour le départ de plusieurs jeunes habitués des lieux vers la Syrie. Deux autres imams sont pointés du doigt pour leurs prêches radicaux. Or il n’existe aucune base légale pour fermer ce lieu de culte, souligne le Municipal de Winterthour Nicolas Galladé, responsable du Département social. «Nous sommes dans un Etat de droit, dans lequel la liberté de rassemblement et de religion sont garanties», explique-t-il.

En revanche, les autorités peuvent intervenir en cas de soupçons d’infraction d’un ou de plusieurs individus. L’élu socialiste raconte avoir été contacté samedi dernier par un journaliste de la Weltwoche, qui lui a transmis les paroles attribuées à l’imam de la mosquée. Lequel aurait appelé à tuer les musulmans qui ne participent pas à la prière commune, des propos passibles de poursuites pénales. L’apprenant, Nicolas Galladé a alerté la police, déclenchant sans doute l’intervention de mercredi. «Dans ce genre de cas, ce n’est pas à la ville d’intervenir, mais à la police», dit-il.

Selon le spécialiste de l’extrémisme et de la radicalisation Samuel Althof, une fermeture définitive de la mosquée s’avérerait contre-productive: «Cela mettrait en difficulté la prévention de la violence et le travail de la police, dit-il. Lorsqu’on brise un réseau, il disparaît du champ de vision. On rompt aussi les possibilités de dialogue avec les individus qui empruntent un chemin radical». Depuis la perquisition, les portes du lieu de culte restent closes de facto, personne n’étant à même d’assurer la responsabilité des lieux.