A un mois du lancement de l'Euro 08, le coup est dur pour la municipalité de Zurich. Ses plans pour permettre aux fans de foot d'investir le cœur de la ville pour une grande fête populaire viennent d'être torpillés par le préfet du district. Ce dernier a accepté un recours de l'Association des commerçants de Seefeld, le quartier derrière l'opéra, qui protestait contre les restrictions de trafic décidées par la ville.

«Zurich a la folie des grandeurs, en particulier son maire, Elmar Ledergerber, qui veut faire de l'Euro 08 le sommet de sa carrière», commente Andreas Honegger, ancien journaliste à la NZZet membre du comité de l'association.

Zurich, effectivement, a vu grand. La ville ne se contente pas de l'arène officielle de public viewing prescrite par l'UEFA, installée en meilleure position à Bellevue, entre l'opéra et le lac. Elle a ouvert aux fans une zone qui s'étend sur plus de trois kilomètres le long de la Limmat et du lac. Pendant le championnat, sauf les jours sans match, sept scènes, 62 restaurants et bars et 85 stands seront ouverts à partir de 15 heures. Du 6 au 29 juin, avec 180 groupes et DJ, c'est la fête en permanence.

Pour permettre à la foule de se mouvoir sans entrave, la Ville voulait interrompre la circulation de 14 heures à 5 heures le lendemain matin autour de la zone névralgique de Bellevue, qui comprend notamment le principal pont pour passer d'une rive à l'autre du lac. Un peu comme si l'on bloquait le pont du Mont-Blanc à Genève ou Saint-François à Lausanne.

Le préfet, Bruno Graf, a jugé ce bouclage démesuré et donné raison aux recourants qui se demandaient pourquoi on ne peut pas accueillir sans autre les fans dans les larges espaces verts au bord du lac. Et protestaient contre les conséquences négatives pour les commerçants du quartier. «Les autres villes hôtes en Suisse ont résolu le problème de manière plus sage et n'imposent pas de restrictions de trafic si importantes», fait remarquer Andreas Honegger.

Une municipalité en rage

Le préfet met en doute les calculs de la municipalité, qui attend 60000 mordus du ballon rond chaque jour, même pour les matches qui se déroulent loin de Zurich. La vente des places assises sous la tente de l'UEFA semble lui donner raison. Moins de la moitié ont été écoulées jusqu'à maintenant. Le préfet concède seulement à la municipalité la possibilité de prendre des mesures en cas de situation extrême. «Si la Suisse devient championne d'Europe, nous serons les premiers à envahir les rues», ironise Andreas Honegger.

La municipalité ne prend pas les choses avec autant d'humour. Elle écume même de rage. Dans un communiqué, elle accuse le préfet, qui dans le passé avait déjà rappelé l'exécutif à l'ordre pour sa politique libérale de la drogue, de violer l'autonomie de la commune. Et s'indigne, dans un style à faire pâlir toutes les caricatures sur l'arrogance zurichoise: «Comment le préfet peut-il faire la comparaison avec les autres villes hôtes de Suisse, sans tenir compte de la situation spéciale de Zurich, du nombre de ses habitants, de la proximité de l'aéroport et du grand nombre d'hôtes étrangers», se demande, outrée, la municipalité.

Dans une première réaction, le maire Elmar Ledergerber, cité par le Tages-Anzeiger, annonçait que la Ville mettrait quand même en place son concept de circulation, mais au jour le jour. Et qu'elle ferait recours auprès du Tribunal administratif pour que l'effet suspensif soit rétabli. Les commerçants ne veulent pas se laisser faire: «Nous n'accepterons pas que la municipalité contourne la décision en interrompant le trafic chaque jour. Nous lancerons une procédure de dénonciation», avertit Andreas Honegger.

La municipalité n'a pas compté avec cette décision. Il y a quelques jours, Elmar Ledergerber se montrait sûr que le préfet allait balayer les objections des commerçants du quartier. Une erreur d'appréciation qui pourrait coûter cher à la Ville. Alors que les concessions pour les restaurants et les contrats avec les sponsors sont négociés depuis longtemps, il est difficile de ramener la fête à des dimensions plus modestes. Maigre consolation, la base légale invoquée par la Ville de Zurich pour édicter ses restrictions était suffisante. S'appuyant sur la loi sur la circulation routière, elle a assimilé l'Euro 08 à une catastrophe naturelle.