La crise financière de ces derniers mois devrait marquer différemment les comptes des deux principales places bancaires suisses, Zurich et Genève. Hier, les autorités de la première avaient triste mine, misant pour 2008 sur des rentrées fiscales de 310 millions de francs inférieures à celles budgétées. La morosité ambiante qui a concerné au premier rang les deux principales banques du pays, Credit Suisse et surtout UBS, pèse lourdement. Les comptes de la Ville devraient afficher un déficit de 190 millions de francs, en lieu et place d'un excédent de recettes attendu de 59 millions.

Même prévisible, la mauvaise nouvelle est dure à avaler. Le responsable des Finances, le radical Martin Vollenwyder, sans perdre son pragmatisme habituel, a décidé d'en informer le public avant la présentation du budget. «La crise financière dans un marché globalisé a pris de désagréables proportions. Mais nous ne sommes pas au bord du gouffre.» Concrètement, le manque à gagner fiscal au niveau des entreprises devrait avoisiner 400 millions de francs, selon les questionnaires soumis aux 200 principales d'entre elles.

Or, quelque 40% du revenu fiscal de la cité alémanique émanent des personnes juridiques, dont quatre cinquièmes sont liés au secteur bancaire. Pourtant, le municipal radical évite le ton alarmiste. «Nous devons être conscients de cette baisse mais éviter de tomber dans de l'hyperactivité. Place financière, Zurich surmontera la situation. Nous savons que ce qui est une chance peut très vite se transformer en risque.»

La Ville, qui n'avait plus connu pareille déconvenue depuis 1998, dispose d'un capital propre «solide» qui l'autorise à envisager plus ou moins sereinement les trois prochaines années. Même menacée durant cette période d'une perte fiscale globale de 600 millions. Cela dit, précise le chef des Finances, si la crise se poursuit, la situation deviendra «périlleuse». Note d'optimisme: les rentrées fiscales liées aux personnes physiques devraient, elles, malgré la coupe dans les bonus des cadres bancaires, augmenter de 100 millions de francs, dopées par la hausse de la population. Aucune augmentation d'impôt n'est pour l'heure envisagée. Par contre, la municipalité et les cadres de l'administration renoncent à une hausse des salaires et en appellent à la discipline budgétaire.

Atouts des banques

Ces résultats négatifs ne font pas douter Zurich de son rôle de place financière. Ni du poids des revenus fiscaux liés à la branche. «Nous avons conscience des risques encourus et devons disposer de réserves suffisantes. Zurich s'ouvre aussi à d'autres secteurs mais aucun ne pèse autant fiscalement», argumente Martin Vollenwyder.

En mars 2007, le même municipal était apparu triomphant devant la presse pour annoncer le vœu d'une baisse du coefficient fiscal de 7 points, possible grâce à la conjoncture favorable pour le milieu financier et les assurances. Le parlement a préféré une première baisse de 3%. Enfin, en avril 2007, après notamment l'annonce de la perte nette de 4,4 milliards pour l'UBS, la Ville envisageait une perte fiscale de quelque 200 millions dès 2009.

Pour Willi Meier, directeur du «Greater Zurich Area», l'organisme responsable de la promotion économique de la région, l'image de la ville n'est pas en danger. «Notre travail est d'assurer de bonnes conditions aux maisons qui s'implantent à Zurich. Les entreprises du domaine de la communication que nous accueillons actuellement, à l'image de Google, sont aussi attirées par le statut de place financière de Zurich.»

Du côté du canton, la crise financière se fait également ressentir dans les rentrées fiscales, fait savoir la ministre Ursula Gut, mais le recul à ce niveau devrait pouvoir être compensé «par d'autres entrées fiscales». Des évaluations pour 2008 permettaient en juillet de miser sur un résultat meilleur que celui prévu.

Optimisme genevois

Autre ville, autre secteur financier: Genève, elle, devrait pouvoir garder le sourire. Après un bénéfice historique de 786 millions enregistré en 2007, les comptes 2008 pourraient, selon un chiffre avancé par le site internet de la Tribune de Genève, afficher un boni d'environ 500 millions. Ce montant, issu d'une projection basée sur le premier semestre, n'a pas été confirmé officiellement: les ministres présenteront aujourd'hui leurs estimations pour les comptes 2008.

La situation contraste avec celle de Zurich en raison de la spécificité de la place financière genevoise, souligne Guy Mettan, président de la commission des finances du Grand Conseil: «A Genève, il y a moins de banques d'affaires et davantage de banques privées qui font de la gestion de fortune ou du négoce de matières premières. Nous sommes moins exposés aux conséquences de la crise des subprime.»