Nouveau test de solidarité fédérale pour Genève et les trois autres villes organisatrices de l'Euro 2008: Zurich, Bâle et Berne. Ce mercredi, le Conseil des Etats discute du crédit que la Confédération attribuera à l'organisation du Championnat d'Europe de football, qui se déroulera dans deux ans sur son territoire et en Autriche.

Un débat qui fera la part belle aux critiques, puisque la facture de la manifestation, estimée à 3,5 millions pour la Confédération en 2002, est maintenant évaluée à 72 millions. Mais s'il est peu probable que les sénateurs mettent en danger la mise sur pied de l'événement en refusant le crédit, il en va autrement de l'aide financière réclamée par les villes hôtes.

Rejet d'une commission

Les quatre cités, qui devront débourser chacune 20 millions pour l'Euro, réclamaient une aide globale de 17 millions. Lors de la session de mars, le Conseil national leur avait finalement octroyé une enveloppe de 10,5 millions pour financer les mesures de sécurité. Pourtant, même si la contribution a été revue à la baisse par les députés, les villes organisatrices risquent de ne pas en voir la couleur. Car la Commission de la science, de l'éducation et de la culture du Conseil des Etats a, à une majorité nette de 8 voix contre 3, rejeté ce crédit supplémentaire. Reste à voir si elle sera suivie par le plénum.

Dans les rangs genevois, on reste serein. Mark Muller, conseiller d'Etat libéral en charge du dossier, se dit confiant: «Nous pouvons compter sur l'appui de Samuel Schmid, et tout un travail a été fait pour convaincre les conseillers aux Etats qu'il était important de soutenir les villes hôtes. Après tout, c'est la Confédération qui s'est portée candidate pour l'Euro. C'est aussi elle qui en retirera les plus gros bénéfices en termes d'image.»

Pas de plan B

«Depuis le vote de la commission, il y a eu les débordements lors du match de Bâle, renchérit la sénatrice libérale Martine Brunschwig Graf, je pense que cela peut faire réfléchir le plénum. Et même si le Conseil des Etats refuse les 10,5 millions, il y aura une divergence, mais tout n'est pas perdu. Il faudra se battre.»

Pour l'heure, aucune stratégie de repli n'est envisagée. Mark Muller précise que «l'on met davantage l'accent sur le lobbying que sur un éventuel plan B en cas d'échec».

Les autres villes aussi veulent croire que les conseillers aux Etats seront sensibles à leur cause. Alexander Tschäppät, maire de Berne, insiste: «Les villes ne peuvent assumer seules la totalité des frais de sécurité. L'aide que nous pouvons obtenir est déjà bien en deçà de notre proposition initiale de 17 millions.»

Le maire de Zurich, Elmar Ledergerber, reste «persuadé que les cantons seront solidaires des villes. Ils doivent se rendre compte de l'apport économique et touristique qu'un tel événement génère. Prenez l'exemple de Weggis: l'ensemble du canton de Lucerne a profité de la venue de l'équipe du Brésil dans ce village.»

«Les villes seront gagnantes»

Mais l'optimisme des villes hôtes n'est pas forcément partagé. Pour la conseillère aux Etats socialiste Gisèle Ory (NE), qui a soutenu la demande des villes en commission, «l'argument qui risque de prédominer en plénum, c'est que la Confédération participe déjà suffisamment aux frais des quatre cités par le biais de ce qu'elle financera avec le crédit de 72 millions», soit les transports publics et l'entretien des stades notamment.

Sa collègue démocrate-chrétienne Madeleine Amgwerd (JU) souligne que le rapport de force aux Etats est défavorable aux villes organisatrices. «Elles sont bien évidemment mieux représentées au National, alors qu'aux Etats, leurs élus ne sont que huit.» Elle ajoute que son parti s'opposera à la demande des villes: «Même si elles doivent beaucoup investir, elles seront gagnantes. L'Euro leur apportera une grande visibilité et d'importantes retombées.»

Pour la conseillère nationale Géraldine Savary (PS/VD), il est probable que l'affaire, relativement urgente, soit réglée en cours de session. «En cas de divergences, il y a de fortes chances pour que les deux Chambres s'entendent sur un compromis», et que les villes voient la contribution fédérale fondre à 5 ou 6 millions.

Voilà qui apporterait de l'eau au moulin des opposants à l'Euro, qui menacent de déposer un référendum, et qui n'arrangerait pas les affaires de Mark Muller au moment de défendre le crédit pour l'Eurofoot devant le Grand Conseil genevois. D'autant que le recours aux sponsors privés est rendu difficile par la mainmise de l'UEFA sur la manifestation, et que celle-ci, si elle a été sollicitée pour faire un geste, ne se montrera pas forcément compréhensive: «Nous ne sommes pas en position de force pour négocier», souligne Mark Muller. Collaboration: Philippe Miauton