La rencontre était prévue en Valais, son canton natal. Mais la pandémie de Covid-19 en a décidé autrement. Juste avant que les mesures de reconfinement ne deviennent trop drastiques, Bernard Fontannaz a quitté sa résidence anglaise d’Oxford pour se rendre en Afrique du Sud, où les vendanges approchent. L’entretien sera donc virtuel entre Sion et Stellenbosch, ville qui accueille le siège d’Origin Wine, la société du Vétrozain créée en 2002.

En dix-huit ans, le groupe a grandi. Ses employés sont passés de trois à plus de 400. Son chiffre d’affaires avoisine les 70 millions de francs. Désormais, les bonnes années, Origin Wine produit autant de vin que la Suisse dans son ensemble, soit quelque 110 millions de litres. La majorité, des «vins commerciaux de qualité», est écoulée au travers de la grande distribution, provenant principalement d’Afrique du Sud et d’Argentine, mais aussi d’Australie, d’Italie ou encore d’Espagne.

Un retour aux sources

Mais depuis quatre ans, Bernard Fontannaz a créé «Origin Vineyards», pour élaborer des vins de domaines, «pour les connaisseurs», issus de vignobles situés à Stellenbosch, à Mendoza en Argentine, et en Valais. Le quinquagénaire a établi, en 2004, dans un cadre familial, les Celliers de Vétroz, y voyant une magnifique possibilité de mettre en valeur le domaine familial et, «tâche plus ardue», de faire découvrir les vins suisses à travers le monde.

«C’est beaucoup plus affectif qu’économique, car financièrement parlant, cela ne fait pas une grande différence. Mais on n’oublie jamais ses racines. Etablir cette cave était synonyme de retour aux sources et, plus important, un hommage au dur travail effectué par nos parents.»

Son Valais natal, Bernard Fontannaz le quitte à la fin des années 1980 pour aller étudier à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Avec une idée en tête: y revenir dès son diplôme en poche pour travailler dans la vitiviniculture. Un séjour estudiantin de six mois en Nouvelle-Zélande va pourtant bouleverser ses plans. Aux antipodes, le Vétrozain découvre qu’il existe «un nouveau monde au-delà des Alpes». «J’ai été sidéré par l’aromatique et la générosité des vins de ce nouveau monde», indique-t-il aujourd’hui, tout en détaillant les spécificités de ces nectars.

Cette expérience lui met l’eau à la bouche. Il veut découvrir le monde avant de s’installer en Valais. A la fin de ses études, l’occasion lui est offerte de se rendre en Afrique du Sud. On est en 1993. Le pays vit sa révolution. L’histoire s’y écrit. «Pouvoir être témoin d’un changement si radical, c’est presque un miracle», souffle-t-il. L’aventure doit durer quelques semaines, tout au plus quelques mois. Elle durera vingt ans. «C’est la plus belle décision que j’ai prise dans ma vie, celle qui a changé son cours.»

A cette époque, l’Afrique du Sud et ses marchés s’ouvrent sur le monde. «La course débute pour tous en même temps», image Bernard Fontannaz. La sienne commencera au sein d’une exploitation, qu’il définit comme étant «un peu son affaire» bien qu’il ne la possède pas. En dix ans, il réalise, petit à petit, qu’il existe de nombreuses possibilités. Il est persuadé qu’il pourrait faire mieux, à son compte.

Du rêve à la réalité

Le Valaisan saute le pas en 2002. Il suit son mantra: «If you can dream it, you can do it». Il en rêve, donc il peut le faire. Pourtant, la période n’est pas forcément idéale pour lui. «Je venais de devenir papa et d’acheter une maison. Mais il n’y a jamais de bon moment pour réaliser ses rêves. Il y a toujours une raison pour ne pas accomplir ce que l’on désire. Il faut mettre cela de côté et se concentrer sur les raisons qui nous poussent à le faire», appuie-t-il. Il ajoute: «C’est le premier pas qui est difficile, ensuite les choses s’enchaînent d’une manière «naturelle». Il faut parfois se faire peur pour avancer et oser réaliser quelque chose de différent.»

Et des idées originales, Bernard Fontannaz en a à revendre. Il y a quelques années, il a tenté de commercialiser du vin dans des bouteilles de bière. Aujourd’hui, il s’est tourné vers la canette. «Il n’y a pas de mauvaise manière de vendre du vin. La seule mauvaise, c’est de ne pas en vendre», appuie-t-il.

Devoir et mission

Pour le Valaisan, il est nécessaire de démystifier le vin afin de le rendre accessible au plus grand nombre: «Tout le monde n’est pas né dans une région viticole comme le Valais ou Lavaux. Pour les nouveaux consommateurs, qui seront ceux de demain, le monde du vin peut paraître effrayant. Si le contenu est important, condition sine qua non de qualité, le contenant doit permettre d’abaisser la barrière de l’accessibilité au produit. Si on attire de nouveaux consommateurs, on a réussi notre devoir et notre mission.»

Bernard Fontannaz multiplie donc les essais pour que cet obstacle ne soit plus insurmontable, en sachant qu’il faut souvent plusieurs tentatives avant qu’une idée soit la bonne. «C’est important d’essayer, sinon l’on reste dans sa tour d’ivoire et l’on se gargarise avec nos connaissances, qui n’intéressent personne.»

Aujourd’hui, lorsqu’il regarde son parcours, Bernard Fontannaz n’a aucun regret. Ou un seul peut-être, «celui de ne pas s’être mis à son compte plus tôt». «Mais il ne faut jamais forcer les choses, souligne-t-il. Elles arrivent naturellement. Et c’est un merveilleux voyage, que celui que je vis.»


Profil

1967 Naissance à Vétroz.

1993 Départ pour l’Afrique du Sud.

1997 Mariage avec Suzie.

2001 Naissance de son fils Arnaud.

2002 Création de sa société Origin Wine.


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