Vincent Bettschart a donné sa démission lundi. Ni l’Hôpital du Valais, ni l’intéressé ne commente cette information. Il y a une dizaine de jours, alors qu’une nouvelle polémique visait le chirurgien, Vincent Bettschart et le président du conseil d’administration, Charles Kleiber, disaient ne pas envisager cette solution.

Le chef du département de chirurgie de l’Hôpital du Valais a une histoire houleuse avec l’institution. Il y a quatre ans, une première crise éclate. Vincent Bettschart aurait opéré en regardant des matchs de football, affirme la presse tandis qu’il dément. L’un de ses confrères soumet certains dossiers médicaux à des médecins des HUG parce qu’il doute du chirurgien. L’Hôpital soutient son employé. Jusqu’à ce qu’une seconde crise n’ébranle l’institution en été 2013. Une famille a porté plainte contre Vincent Bettschart suite au décès d’un patient. La presse évoque plusieurs décès problématiques. L’Hôpital fait face aux côtés de son chirurgien et mandate une enquête qui le blanchit.

Et puis, début janvier, l’homme commet une erreur. Il omet de passer un coup de fil au CHUV avant de pratiquer une opération qui devrait se passer en collaboration avec l’hôpital universitaire. Cette fois, même Charles Kleiber le regrette. Dans le même temps, l’Hôpital continue de défendre son chef de département en argumentant que le contrat avec le CHUV n’était pas encore formellement en place.

Le chirurgien a-t-il été acculé à la démission ou a-t-il choisi de jeter l’éponge? Depuis l’automne dernier, le département de la santé du canton a demandé une expertise des activités de Vincent Bettschart. Ses dossiers et son équipe sont passés au crible par un médecin belge, Jean-Jacques Houben. Début décembre, ce dernier livrait des analyses intermédiaires plutôt critiques. Vincent Bettschart travaille de manière trop solitaire, des erreurs ont été commises dans la prise en charge des personnes dont les décès sont dénoncés dans la presse, les indications opératoires sont parfois discutables et des risques importants ont été pris. L’expert recommande une collaboration étroite avec le CHUV et estime même que les opérations de l’œsophage ne doivent plus être pratiquées à Sion. L’étau se resserre autour du chirurgien. La seconde partie de l’expertise devrait toucher à sa fin et être communiquée le 18 février. «J’attends ses conclusions et j’en tirerai les conséquences qui s’imposent ensuite», dit lundi la conseillère d’Etat Esther Waeber Kalbermatten.

Charles Kleiber l’a dit à plusieurs reprises quand il défendait Vincent Bettschart: l’homme joue un rôle primordial dans l’institution et ne peut pas être remplacé. En été 2013, l’Hôpital du Valais a obtenu de pratiquer des prestations de médecine hautement spécialisée, dont quatre spécialisations en chirurgie viscérale qui ne peuvent être réalisées que par le professeur Vincent Bettschart. L’Hôpital a toujours estimé que si le Valais perdait cette spécialisation, il allait perdre des compétences susceptibles d’attirer de nouveaux médecins et de maintenir la compétitivité d’autres pôles forts, comme son centre de traumatologie. Il y a dix jours, Charles Kleiber déclarait encore au Temps: «dans les conditions actuelles, compte tenu de la pénurie en chirurgie viscérale, nous n’avons pas d’alternative crédible à Vincent Bettschart». Lundi, l’Hôpital du Valais affirme pourtant sa volonté de développer la médecine hautement spécialisée en Valais. «Les collaborations avec les centres universitaires permettront de pérenniser les disciplines de pointe dans notre institution», écrit-il. Charles Kleiber ne donne aucun détail quant à la manière de faire. «Il y a des solutions et nous communiquerons à ce sujet début février», dit-il.