«Je suis un cheminot.» Le futur patron des CFF, Vincent Ducrot, a fait toute sa carrière dans le chemin de fer. Après ses études d’ingénieur à l’EPFL, complétées par un postgrade à l’EPF de Zurich, il s’est entièrement consacré aux transports publics. Il a travaillé pour Cisalpino et TGV Lyria avant de passer dix-huit ans aux CFF, de 1993 à 2011, enchaînant les fonctions de délégué du groupe à Expo.02 puis de responsable du trafic longue distance, tout en assumant à titre intérimaire la responsabilité de la division Voyageurs. En 2011, il a pris la direction des Transports publics fribourgeois (TPF), qu’il a transformés en holding en 2015. Père de six enfants, veuf, âgé de 57 ans, Vincent Ducrot prendra la direction des CFF le 1er avril 2020. Il succédera alors à Andreas Meyer, qui s’en ira à fin mars après avoir présenté les résultats de l’exercice 2019. Son salaire sera de 800 000 francs, soit 200 000 de moins que son prédécesseur.

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Ce sera un retour aux sources pour le Fribourgeois, «dans une compagnie incroyable, une marque unique», souligne-t-il. «Mais je ne serai qu’un parmi 38 000 collaborateurs, qui sont ceux qui font la musique», complète-t-il. Il est considéré comme un des meilleurs connaisseurs des transports publics en Suisse, doublé d’un visionnaire très versé dans l’innovation. Les TPF sont à la pointe dans ce domaine. L’entreprise fribourgeoise a développé l’application de téléphonie mobile Fairtiq en collaboration avec les Transports publics lucernois et d’autres partenaires.

«Laissez-moi arriver avec quelques surprises»

Elle participe activement au programme SmartRail 4.0, qui permettra à terme d’augmenter les capacités du réseau en raccourcissant les espaces entre les trains, d’améliorer la ponctualité, de renforcer la sécurité et de réduire les coûts. Les TPF expérimentent par ailleurs un bus électrique autonome sur le site du Marly Innovation Center (MIC). «Je suis un fan d’innovation», confirme-t-il. «Laissez-moi arriver avec quelques surprises», a-t-il lâché mardi en se présentant à la presse. Il ne divulgue pas ses intentions pour le moment, mais la qualité de l’information de la clientèle, qui a longtemps été un point faible des CFF, est l’une de ses préoccupations. Quant à la question, maintes fois posée, du wi-fi à bord des trains des CFF, l’avenir dira si Vincent Ducrot se montrera plus offensif que son prédécesseur.

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Dès l’annonce de la démission d’Andreas Meyer, le nom de Vincent Ducrot est apparu parmi les principaux papables, comme celui de son collègue du BLS Bernard Guillelmon ou d’autres directeurs d’entreprises régionales de transport de Suisse orientale. La direction générale des CFF comptera ainsi deux Fribourgeois. Outre Vincent Ducrot, Jacques Boschung dirige la division Infrastructure depuis l’an dernier. Quant au patron de la division Voyageurs, Toni Häne, il devrait partir à la retraite à la fin de l’année prochaine.

La présidente du conseil d’administration, Monika Ribar, rappelle le déroulement de la nomination de Vincent Ducrot. Des candidatures externes et internes, féminines comme masculines, issue de la branche des transports ou de «branches proches» ont été examinées sur la base du profil établi pour le poste. «Il fallait quelqu’un qui connaisse le partenariat social, la politique, le service public et ait une affinité pour la Suisse. Il fallait aussi quelqu’un qui ait le train dans le cœur et soit capable de fonctionner en équipe», résume-t-elle, en précisant que le scénario d’un recrutement externe a été rapidement écarté.

Le syndicat salue ce choix

En fin de compte, une brochette de quatre prétendants s’est retrouvée dans la phase finale et c’est Vincent Ducrot qui a été choisi. Monika Ribar est consciente du fait que, avec cette nomination, le conseil d’administration n’a pas procédé à un changement de génération, puisque l’élu n’a qu’un an de moins qu’Andreas Meyer. «Mais il apporte l’expérience dont les CFF ont besoin et il aura pour tâche de dénicher à l’interne les talents qui pourront assurer l’avenir de l’entreprise» dans un délai de sept ou huit ans, détaille-t-elle. Vincent Ducrot refuse cependant de se considérer comme un directeur de transition.

Le Syndicat du personnel des transports (SEV) salue la nomination du «cheminot» fribourgeois. «Nos relations sont marquées d’un respect mutuel. Cela date de la période où Vincent Ducrot travaillait aux CFF», commente le président du syndicat, Giorgio Tuti, dans un communiqué. Le SEV relève néanmoins que sa tâche ne sera pas «facile, car les problèmes sont nombreux actuellement aux CFF». Parmi les missions qui attendent le futur patron, il y a la délicate mise en service des nouveaux trains à deux étages commandés chez Bombardier. Ironie du sort, c’est Vincent Ducrot qui avait signé le bulletin de commande lorsqu’il était responsable du trafic longue distance. Comment vit-il le considérable retard pris par la livraison de ce matériel et les difficultés techniques qu’il rencontre? «Chaque nouveau train a connu des problèmes au moment de sa mise en service. Il n’y a rien d’anormal au fait qu’il faille apporter des améliorations», relève-t-il. Il promet par ailleurs de se pencher sur la question de la ponctualité et des retards.

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La conseillère nationale bulloise Marie-France Roth Pasquier (PDC/FR) considère que «c’est une bonne nouvelle pour les CFF, mais une perte pour les TPF. Il a fait bouger l’entreprise et a lancé d’énormes chantiers, notamment pour la rénovation des gares. «C’est surtout une belle occasion de renforcer le rôle de service public des CFF», commente le président du PS, Christian Levrat, sur les réseaux sociaux.