Santé

Vincent Dudler: «Les aliments importés sont davantage contaminés»

Une étude menée en Suisse affirme que les résidus de glyphosate dans les produits alimentaires ne présentent aucun risque pour les consommateurs. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire défend sa position

Alors que les Etats membres de l’Union européenne, embarrassés par des soupçons qui planent sur l’objectivité des évaluations de l’herbicide, peinent à accorder leurs violons dans le dossier du glyphosate, la Suisse garde sa position d’observateur.

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Mandaté pour évaluer les risques pour les consommateurs, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire (OSAV) s’apprête à publier un rapport d’ici à la fin de l’année. Vincent Dudler, responsable du secteur Evaluation des risques à l’OSAV, explique pourquoi la présence du glyphosate dans 40% des produits alimentaires n’est pas un motif d’inquiétude.

Le Temps: Quelles données ont été prises en compte pour arriver à la conclusion qu’il n'y a pas de risques pour les consommateurs?

Vincent Dudler: L’OSAV a étudié 230 échantillons de denrées alimentaires répartis dans 19 catégories – miel, vin, pain, pommes de terre, légumes… Les résultats de notre étude montrent qu’environ 40% des produits présentent des traces de glyphosate, ce qui permet d’expliquer les concentrations trouvées dans les urines constatées par d’autres études en Europe. Toutefois, les valeurs mesurées en Suisse dans les denrées alimentaires restent nettement inférieures aux limites fixées dans la réglementation. 

Quels sont les produits avec les plus fortes concentrations?

Les pâtes alimentaires, les céréales pour le petit déjeuner et les légumineuses restent les principales sources d’exposition. Les valeurs sont moins élevées dans les denrées produites en Suisse par rapport aux aliments importés. La différence s’explique notamment par le fait qu’en Suisse l’utilisation du glyphosate dans l’agriculture est restreinte – par exemple, l’application du glyphosate avant la récolte est interdite.

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Les pâtes sont faites principalement à base de blé importé du Canada et des Etats-Unis. Or, les produits d’Amérique du Nord sont les plus contaminés. Mais même les plus fortes concentrations mesurées en Suisse restent au-dessous de la valeur limite.

La crédibilité de l’EFSA et de l’ECHA a été sérieusement entamée par des révélations qui mettent en cause l’objectivité de leurs évaluations… Cela ne vous choque pas?

Le glyphosate est mis au pilori pour des raisons purement politiques: il y a visiblement une volonté internationale de s’attaquer indirectement aux plantes OGM qui sont résistantes à cet herbicide. De nombreuses études concluent qu’il est inoffensif si on respecte les règles d’utilisation. Et les organismes mondialement reconnus, comme l’EFSA, l’ECHA ou la JMPR, ont écarté tout risque pour les consommateurs.

Pourtant, tous les trois ont été accusés de graves conflits d’intérêts… Dans plusieurs pays, les agriculteurs malades mettent en cause le glyphosate…

Il ne faut pas comparer l’exposition professionnelle des agriculteurs avec celle des consommateurs. Les doses auxquelles les personnes sont exposées en Suisse via l’alimentation ne présentent pas de risques pour la santé.

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