Journaliste dans le Haut-Bugey? Métier pour le moins tranquille, croit-on. Erreur. Certaines soirées sont chaudes. Il se souvient de ce match de rugby au stade Charles-Mathon d’Oyonnax qui se tenait à huis clos pour cause de pandémie. Tout à coup, des tirs de mortier de l’autre côté de l’enceinte. Des jeunes de la cité voisine s’en prenaient aux forces de l’ordre. «Pour m’éloigner au plus vite et échapper aux explosions, j’ai roulé à 100 km/h au lieu de 50», dit-il.

Vincent Malaguti est le correspondant de l’hebdomadaire La Voix de l’Ain pour les régions de Bellegarde, Nantua et Oyonnax. Il semble avoir une préférence pour cette dernière à cause du ballon ovale, une de ses passions. Oyonnax est en effet terre de rugby, loin des contrées traditionnelles du Sud-Ouest français (Toulouse, Montpellier, Brive, Biarritz, etc.). Les Oyomen ont longtemps évolué en Top 14, dans l’élite. Ils sont actuellement en Pro D2, en tête du classement.

Un club cher au cœur de Vincent, qui lui a inspiré quelques délicieux papiers sur certains à-côtés. Comme l’histoire du All Blacks Piri Weepu, capitaine de la sélection néo-zélandaise championne du monde en 2011. En 2015, il signait à Oyonnax avec 20 kilos de trop. Vincent Malaguti raconta ses nombreux détours par le bar PMU de Montréal-la-Cluse et son goût immodéré pour les McDo locaux.

Aux antipodes de l’ovalie

Vincent couvre désormais une actualité aux antipodes du monde de l’ovalie mais géographiquement proche du Haut-Bugey: la Suisse voisine. Une page chaque semaine consacrée au Grand Genève mais aussi parfois au canton de Vaud. «J’avais déjà parlé de cela à Bourg-en-Bresse lors de mon entretien de recrutement avec la direction du journal. Le projet a mis une année et demie à s’installer et nous l’avons lancé au début de 2021, j’ai notamment insisté sur le phénomène frontalier dans l’Ain», explique-t-il. Deux mille huit cents travailleurs frontaliers rien qu’à Bellegarde (12 000 habitants), qui tous les matins rallient Genève et Vaud. Voilà qui rapproche les deux pays. «Mais il y a aussi la politique, la culture, le sport, la mobilité, l’immobilier», énumère-t-il.

Vincent Malaguti est bien placé pour parler de la Suisse – il a d’ailleurs fait un stage au Temps. Il est né à Annecy, a grandi à Bellegarde-sur-Valserine, y a fait ses études secondaires au lycée Saint-Exupéry, puis s’est inscrit en droit à Genève. En octobre 2015, il tombe sur un article du Temps signé Laurent Favre – dont il admire la plume «belle et sobre» – consacré à José Mourinho, le fameux entraîneur de football. Titre: «Perdre aurait dû m’arriver avant». «Je venais de rater mon droit. J’ai vu là un signe. Je me suis souvenu d’un enseignant croisé il y a peu de temps de cela. Il m’avait rappelé qu’en classe de primaire, je disais que je serais plus tard journaliste.»

Retour au premier amour. Vincent entre à l’Ecole de journalisme de Genève. Il fait ensuite de la pige à La Voix de l’Ain. Il est aujourd’hui correspondant, tout en assurant à Genève quelques heures de cours dans l’école qui l’a formé, pour transmettre son savoir mais aussi arrondir ses fins de mois. Si le territoire genevois est exigu, il n’en est pas moins un réservoir de bons sujets. Comme cette histoire d’amitié contée par Vincent entre un horloger de Nyon, «frontalier à l’envers», qui s’en va chaque après-midi réparer des montres chez un confrère et ami français. Ils réparent tout, de la montre pour aveugle à l’horloge du Quai d’Orsay à Paris.

«Les idées reçues dans la région sont tenaces, les Français seraient pour certains Suisses tous des quémandeurs, des mendiants. Les Suisses seraient pour certains Français tous des nantis, des dédaigneux. C’est caricatural, mais une frange de la population pense vraiment cela. Je reprends souvent cette phrase: on a ici un territoire commun mais qui ne fait pas société», souligne-t-il. Vincent Malaguti observe cela au quotidien et insiste sur la nécessité de parler chaque semaine de la Suisse pour mettre à mal les clichés.

Air Force One au-dessus de Bellegarde

Une mine pour lui? La Genève cosmopolite et onusienne. Mais le localier de Bellegarde parle aussi de cette entreprise de Plan-les-Ouates (GE) qui décontamine Tchernobyl, du nouvel architecte cantonal franco-suisse qui insiste sur la richesse de la région et des premières découvertes, datant du magdalénien. Lors du sommet Biden-Poutine en juin 2021, il s’est mis dans la peau d’un frontalier pour raconter comment circuler dans une ville aux deux tiers paralysée et décrire le survol d’Air Force One au-dessus de Bellegarde.

Le syndrome de La Havane (nausées, vomissements) qui a récemment touché des diplomates américains à Genève a rempli quelques colonnes de La Voix de l’Ain. «J’aime bien aussi dire combien la starisation n’existe pas en Suisse, il m’est arrivé de croiser Zep à Plainpalais et engager très simplement la conversation.» Il tance cependant des élus genevois qui prédisaient, avec l’arrivée du Léman Express, un afflux de Suisses à Bellegarde «pour y vivre ou passer le week-end». Mais il a beau ouvrir grand les yeux, les seuls Genevois qu’il voit roulent sur l’autoroute qui surplombe la ville.

Profil

1996 Naissance à Annecy.

2013 Baccalauréat littéraire.

2016 Ecole de journalisme à Genève.

2019 Correspondant à «La Voix de l’Ain».

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