Climat

Vincent Pellissier, ingénieur cantonal du Valais: «Tôt ou tard, un drame humain peut survenir» 

Lourdement frappé par les intempéries ces derniers jours, le Valais ne fait état que de dégâts matériels. Mais le haut fonctionnaire, expert en calcul des risques, exprime ses craintes et tire la sonnette d'alarme

Laves torrentielles, routes coupées, bâtiments inondés. Le Valais a été durement touché par les intempéries ces derniers jours. Lundi, par exemple, il est tombé, en moins d’une heure, l’équivalent d’un dixième de la quantité de pluie annuelle moyenne à Sion, transformant plusieurs rues de la ville en véritables rivières. Le lendemain, une impressionnante lave torrentielle a déferlé sur Chamoson, recouvrant notamment deux ponts. Les dégâts, uniquement matériels, sont pour l’heure impossibles à chiffrer. Ingénieur cantonal, Vincent Pellissier a vécu ces événements de l’intérieur et il tire la sonnette d’alarme.

Après une semaine d’intempéries, quelle est votre analyse de ces événements?

Le premier constat est que les mesures de gestion du risque en place fonctionnent. Nous sommes prêts à faire face à ce genre d’événements, et les derniers jours l’ont prouvé. Tout s’est bien déroulé. En quelques heures, par exemple, les routes coupées ont été rouvertes à la circulation. Mais ces intempéries nous rappellent que le pire peut survenir.

Que voulez-vous dire?

Les événements imprévisibles sont de plus en plus fréquents, ce qui augmente le risque d’être un jour confronté à un drame humain. Ces aléas, climatiques en l’occurrence, sont un des facteurs pris en compte au moment de calculer le risque d’accidents. Les deux autres facteurs sont la vulnérabilité du système et les valeurs exposées au risque. Si la vulnérabilité du système est en constante diminution, grâce aux moyens mis en place pour prévenir ou faire face à de tels événements, les valeurs exposées sont, tout comme la survenance des aléas, en augmentation. Et ce, à cause de la main de l’homme. Les constructions sont, notamment, toujours plus nombreuses dans des endroits peu ou pas adaptés. Si vous prenez tous ces éléments en compte, le risque global augmente. Pour l’heure, nous n’avons eu que des dégâts matériels, mais tôt au tard des dommages aux personnes peuvent survenir.

Il y a donc, selon vous, un problème d’aménagement du territoire?

Nous avons construit durant les 30-40 dernières années là ou nos aïeux ne l’ont jamais fait, et il y avait une raison à cela. Prenez Chamoson: la commune se situe sur un cône de déjection. Le risque de lave torrentielle est connu, puisque le village est bâti sur ces alluvions, et pourtant les habitations sont aujourd’hui proches du cours d’eau. Si mardi aucune maison n’a été endommagée par la lave torrentielle, on n’est pas à l’abri que cela se produise dans le futur. Nous construisons contre la nature et, de temps à autre, elle se révolte. Elle nous rappelle que nous habitons en plein cœur des Alpes et qu’elle est plus forte que nous.

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Que pouvons-nous faire pour diminuer les risques?

Il est important de rester humble dans notre rapport à la nature. Nous ne pouvons pas agir sur les aléas climatiques ou naturels dans un milieu alpin, nous devons donc nous concentrer sur la vulnérabilité de notre système. Il faut construire mieux et aux bons endroits. Pour cela, nous devons, notamment, retravailler les cartes de danger, afin d’éviter de construire des bâtiments dans des lieux exposés aux dangers naturels. L’exemple des tremblements de terre est parlant. Nous ne pouvons rien entreprendre contre les séismes, ils se produiront quoi que nous fassions. En revanche, nous avons la possibilité d’adapter nos manières de construire pour que nos bâtiments résistent aux secousses. Ce n’est pas le tremblement de terre qui tue, c’est de construire une maison sans ingénieur.

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