C’est une tâche sisyphéenne qui échoit à Viola Amherd. Près d’une année et demie après la très mince approbation du peuple (50.1%) concernant un paquet de 6 milliards relatif à l’acquisition de nouveaux avions de combat, la conseillère fédérale est de retour en campagne.

A l’occasion d’une conférence de presse sur le message de l’armée 2022, elle a martelé un mantra familier: «nous avons besoin de ces avions». Elle a cependant reconnu, qu'«aucun contrat ne sera signé avant un échec de l’initiative». La situation est risquée.

Une épée de Damoclès toujours plus lourde

Revenons-en tout d’abord aux chiffres annoncés ce mercredi: le Conseil fédéral demande au parlement de valider des crédits d’engagement à hauteur de 9,3 milliards de francs, dont la part principale revient à l’achat de nouveaux jets: 6,035 milliards. Un chiffre 35 millions plus élevés que la somme annoncée en votation. Pourquoi?

«Ce montant est inférieur au volume financier maximal approuvé par le peuple», explique la ministre de la Défense. Le calcul se base sur l’indice des prix à la consommation de janvier 2018 et, compte tenu des prévisions actuelles sur l’inflation, la somme s’inscrit dans les dépassements planifiés. Deuxième gros morceau du budget: 1,987 milliard de francs pour l’acquisition du système de défense sol-air de longue portée «Patriot». Mais ce n’est pas tout.

Aux deux dépenses s’ajoutent 120 millions de francs pour les «mesures de construction» qu’implique l’acquisition des jets: construction d’un centre d’entraînement à Payerne contenant de nouveaux simulateurs, adaptation des halles de stationnement dans le canton de Vaud ainsi qu’à Meiringen (BE) et Emmen (LU). Et 66 millions de francs destinés à la construction de trois nouveaux bâtiments d’instruction et l’adaptation de l’infrastructure de stockage pour les missiles Patriot. Rien qui ne soit pas pré-budgétisé, assure à nouveau l’exécutif. Le reste des dépenses soumises au parlement porte sur l’achat de matériel et des travaux immobiliers.

La Patrouille suisse en danger?

Concernant les achats d’avions et de missiles, ils sont tenus au respect du système dit des «affaires compensatoires» – des mandats obligatoires confiés à l’industrie suisse par le constructeur à hauteur de 60% du montant de la transaction (2,9 milliards) pour les avions et 100% dans le cas des missiles. Ces achats rapporteront 4,2 milliards à l’industrie suisse, souligne le gouvernement, agrémentés de 321 millions de francs de commandes effectuées directement par l’administration suisse. Un surcoût? «Non», répond le Département de la défense, qui précise de manière quelque peu nébuleuse que cette somme est «contenue dans le crédit d’engagement demandé».

Au niveau opérationnel, le gouvernement précise que les 36 nouveaux avions de combat devraient remplacer les 25 F-5 Tiger et les 30 F/A-18 Hornet actuellement détenus par la Suisse. Ces derniers seront remplacés de manière successive dès 2030 par les F-35, tandis que le Conseil fédéral propose la mise hors service des deuxièmes, ceux-ci «n’ayant aucune chance face à un adversaire contemporain». Quant au sort de la Patrouille suisse, «nous attendrons 2025 pour voir si nous continuons, et comment», a précisé Viola Amherd, plongeant certainement les fans de cette escadrille d’apparat créée en 1964 dans des tourments.

Les 8515 voix du doute

Les inquiétudes principales reviennent cependant avant tout à la conseillère fédérale, qui fait face à un mur de critiques. La coalition contre le F-35, pour commencer. «Cet avion fait la une des journaux du monde entier en raison de listes interminables de défauts et d’une explosion continue des coûts d’exploitation et de mise à jour», affirment les militants, qui sont bien déterminés à faire capoter le projet. Plus de 80 000 personnes ont déjà téléchargé à partir de leur site web les documents destinés à recueillir des signatures.

La Commission de gestion du Conseil national ensuite, qui a annoncé en novembre dernier que «la légalité et l’opportunité de certains aspects de la procédure» de choix des nouveaux avions feraient l’objet d’une enquête. Alors qu’un certain flottement règne actuellement autour du projet, les conclusions de la Commission seront d’une importance capitale. «Nous avons besoin de ces avions», répète Viola Amherd. Mais la conseillère fédérale le sait: en septembre 2020, il s’en est fallu de 8515 voix que le projet n’échoue. Une marge terriblement maigre en cas de nouveau scrutin, qui nécessiterait en outre une double majorité.