Conseil fédéral

Viola Amherd, l’humilité et la sincérité

La Haut-Valaisanne succédera à Doris Leuthard en s’imposant au premier tour déjà face à l’Uranaise Heidi Z’graggen. Récit d’une élection, mouvementée à ses débuts, qui s’achève par un triomphe

Le Valais est de retour au Conseil fédéral. Ce mercredi, Viola Amherd a été élue par 148 voix contre 70 face à sa rivale Heidi Z’graggen. La vice-présidente du groupe PDC, qui a profité d’une constellation politique particulièrement favorable, a été fidèle à elle-même en acceptant son élection. S’exprimant dans les quatre langues nationales, elle a déclaré qu’elle assumerait son mandat avec «humilité et sincérité». Dans la salle des pas perdus du Conseil national, son amie Brigitte Hauser-Süess était évidemment aux anges. «C’est fantastique pour les femmes, le Valais et la Suisse, car Viola Amherd est une bâtisseuse de ponts.»

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Son parti, le PDC, revient de loin. Car il a dû encaisser beaucoup de critiques après la démission de la populaire et charismatique Doris Leuthard, dont il ne s’attendait pas à ce qu’elle débouche sur un vide aussi vertigineux. Dans un premier temps, le parti a laissé ouverte la question du genre, mais il a été surpris par une avalanche de désistements, notamment des hommes. Coup sur coup, le Soleurois Pirmin Bischof, l’Obwaldien Erich Ettlin et le Grison Stefan Engler renoncent à la candidature pour divers motifs, mais peut-être aussi par peur de passer pour un «lady killer».

La question des genres

Car la question des genres domine soudain l’agenda politique. Egalité des salaires, quotas à la tête des entreprises, violences domestiques faites aux femmes: à chaque fois, le parlement peine à légiférer. Le 22 septembre, la rue clame sa colère: 20 000 personnes défilent à Berne. «Femmes boniches, femmes potiches, on en a plein les miches», peut-on lire sur une pancarte.

Lorsque, la semaine suivante, Johann Schneider-Ammann et Doris Leuthard démissionnent en deux jours, de nombreuses voix, y compris à droite, réclament que deux femmes leur succèdent. Et au PDC, il n’y a pas photo. La vice-présidente du groupe Viola Amherd tient la corde, à l’évidence. Même si cette politicienne à la fois discrète et efficace s’y prépare depuis une bonne année, elle est rattrapée par un pépin de santé la semaine où elle compte déclarer sa candidature: elle doit se faire opérer d’un calcul rénal. La presse ironise: «Alors que le PLR, grâce à l’impériale Karin Keller-Sutter, nage dans le bonheur, le PDC est à l’hôpital.»

Le 24 octobre, Viola Amherd en sort juste à temps pour dire qu’elle brigue le Conseil fédéral, mais sans pouvoir encore tenir le point de presse qui s’imposerait. Ce n’est que partie remise. Le 31 octobre, lorsque le PDC présente ses quatre candidats à l’Hôtel Bellevue à Berne, elle étrenne sans problème son rôle de favorite.

Travail, droiture et modestie

Sûr que la Haut-Valaisanne n’a pas le charisme d’une Doris Leuthard. Mais tout le monde lui reconnaît des qualités bien suisses: le travail, la droiture et la modestie. Commencée voici un quart de siècle, sa carrière politique n’est pas de tout repos à Brigue-Glis, où son propre parti ne voit pas d’un bon œil qu’elle s’engage pour la solution des délais dans la question de l’avortement, puis plus récemment pour le mariage pour tous. A peine nommée à l’exécutif, elle est confrontée aux inondations de la Saltina qui, un jour de septembre 1993, laissent des tonnes de gravats au centre-ville. «Qu’elle se soit imposée dans un milieu très masculin à Brigue en dit beaucoup sur ses facultés de femme d’exécutif», admire Matthias Aebischer (PS/BE), qui la côtoie à Berne dans les deux commissions juridiques et des transports.

Elue présidente de Brigue en 2000, Viola Amherd recherche d’emblée l’efficacité. Elle réduit le gouvernement de 11 à 7 membres et se bat pour la venue, puis l’agrandissement du centre d’appels des CFF, qui y compte désormais 280 collaborateurs. «Elle dégage une certaine force tranquille», relève le journaliste Viktor Parma, auteur d’un très long portrait d’elle sur le site d’information Republik.

Arrivée en 2005 au Conseil national où elle succède à Jean-Michel Cina, elle y creuse patiemment son trou. En réseautant discrètement, loin des spots des médias, elle s’y forge une réputation de politicienne «fiable, qui fait toujours ce qu’elle dit». Infatigable avocate des régions périphériques et de montagne, elle ne cesse de rappeler aux entreprises de service public – que ce soit Swisscom, La Poste ou la SSR – qu’elles doivent offrir la même offre de qualité qu’en plaine. Peu à peu, elle gagne en influence, apparaissant même à la 6e place des 246 élus des Chambres en 2013 lorsqu’elle préside la puissante Commission des transports.

Une centriste humaniste

Son profil de centriste humaniste lui vaut même 16 voix en 2015 lors de l’élection d’un deuxième UDC – Guy Parmelin – au Conseil fédéral de la part des Verts, qui boycottent les trois candidats officiels. C’est dire que si elle est candidate, elle ne doit pas compter sur la droite dure. «C’est une femme de gauche», résume Franz Ruppen (UDC/VS), surpris qu’une femme du PDC puisse militer en faveur de quotas féminins.

Assurément, Viola Amherd est une politicienne atypique. Elle détonne dans une Suisse polarisée où le PDC – parti charnière des compromis – est menacé de tomber en dessous des 10% de parts de suffrages l’an prochain. Même lorsqu’elle participe à l’émission politique phare de la TV alémanique Arena, elle renonce à tout slogan tapageur. Et lorsqu’elle est victime d’attaques personnelles, elle esquisse un sourire de Joconde avant de rétorquer sur le fond, avec un «argumentaire toujours bien charpenté», selon la formule de Philippe Bauer (PLR/NE).

L’élection de Viola Amherd est une chance pour le PDC, estime l’ancien secrétaire général du parti, Raymond Loretan, présent mardi soir à l’Hôtel Bellevue lors d’une «nuit des longs couteaux» qui porte de plus en plus mal son nom. «Viola Amherd est un pôle de calme, de stabilité et de ralliement pour le PDC. Elle fera un bon tandem avec le président du parti, Gerhard Pfister, qui incarne l’aile droite du parti, du moins dans la politique étrangère», remarque-t-il.

La faiseuse de reines

Mais la victoire de Viola Amherd, c’est aussi celle d’une redoutable éminence grise, une vraie faiseuse de reines qui connaît la Berne fédérale comme sa poche: Brigitte Hauser-Süess. Cette Haut-Valaisanne d’adoption – elle est originaire de l’Entlebuch lucernois – a été présidente des femmes PDC durant dix ans. En 1999, c’est elle qui avait déjà orchestré l’élection de Ruth Metzler en réclamant un double ticket féminin sur lequel figurera aussi Rita Roos. C’est elle aussi qui a incité la jeune avocate-notaire Viola Amherd à s’engager au comité du PDC local.

Deux décennies plus tard, c’est elle encore qui la soutient – et la conseille – lorsque son amie est victime d’une campagne de presse de la Walliser Bote et de la Weltwoche. Aujourd’hui, Brigitte Hauser-Süess est officiellement à la retraite. Fera-t-elle son retour à Berne? Elle répond par un grand sourire qui dit bien que l’hypothèse n’est pas exclue.

 

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