La démocrate-chrétienne Viola Amherd, 56 ans, est l’une des favorites à la succession de Doris Leuthard. En cette période chargée, elle a reçu Le Temps entre deux rendez-vous pour évoquer son parcours et ses idées.

Le Temps: Quand avez-vous décidé de vous lancer dans la course au Conseil fédéral?

Viola Amherd: J’y réfléchis depuis le début de l’été. On sentait que Doris Leuthard allait partir avant la fin de la législature. Je n’ai toutefois pris ma décision définitive qu’il y a trois semaines, juste avant mon hospitalisation. Je précise que je ne savais pas que j’allais devoir me faire opérer au moment d’annoncer ma décision.

Vous êtes quelqu’un d’assez discret. La fonction de conseiller fédéral exige d’être sous les projecteurs. Cela vous a-t-il fait hésiter?

Non. C’est vrai que je ne cherche pas la lumière. Je n’ai pas envie d’être tous les jours sur le devant de la scène. Mais lorsque j’ai quelque chose à dire, je n’hésite pas à m’exposer. Cela ne me fait pas peur. J’ai d’ailleurs été habituée à l’exposition médiatique à l’exécutif de Brigue. Ce n’est certes pas le même niveau que le Conseil fédéral, mais il y a quand même un travail de communication à faire. Cela ne m’est donc pas étranger.

D’où vient votre engagement politique?

J’ai davantage le goût de la chose publique que celui de la politique. Ma famille avait une PME dans le secteur électrique, avec plusieurs filiales en Haut-Valais, qui a employé une centaine de collaborateurs. Tous les midis nous discutions de l’entreprise. J’ai toujours donné mon avis. Et comme mon père était membre du PDC, mon engagement pour ce parti allait de soi.

Quelles sont vos passions en dehors de la politique?

J’ai fait beaucoup de tennis. J’ai été classée R3, ce qui est déjà un bon niveau. Mais je n’ai plus vraiment le temps pour ça. J’aime cependant toujours le sport, le ski, les randonnées. J’apprécie aussi de me promener dans la nature.

Votre parcours professionnel ne compte que trois étapes: Brigue, vos études à l’Université de Fribourg et Berne. N’avez-vous jamais séjourné à l’étranger?

J’ai fait beaucoup de voyages. Après la maturité, j’ai passé un mois à Florence pour améliorer mon italien. J’avais aussi songé à effectuer un semestre à Paris, mais je n’ai jamais réussi à trouver le temps de le faire.

Quelle est pour vous l’importance du «C» du PDC? Quelle place occupe la religion dans votre vie?

Le «C» incarne une valeur chrétienne universelle: le respect de toutes les personnes et de notre tradition humanitaire. Je suis catholique et pratiquante. Mais je ne vais pas chaque dimanche à la messe et ne partage pas tous les choix faits par l’Eglise catholique. La manière dont elle a géré les abus commis sur des enfants m’a paru problématique.

La Suisse orientale et la Suisse centrale revendiquent le droit d’être représentées au Conseil fédéral. Qu’est-ce qui légitime l’élection d’une Haut-Valaisanne?

L’absence de représentants de l’Arc alpin! C’est un facteur important, tout autant que celui d’autres régions du pays.

Vous avez été auditionnée par la commission de sélection de votre parti. Vous a-t-on interrogée sur d’éventuels obstacles à votre candidature, par exemple le litige civil portant sur une affaire de loyers?

J’ai pris l’initiative de donner spontanément toutes les informations à ce sujet. Je suis totalement transparente. Je suis en ordre avec ma conscience.

Le climat politique s’est-il durci en Suisse?

Il y a une plus grande polarisation que par le passé. Il est devenu plus attractif de défendre des positions extrêmes que de travailler au centre et de rechercher des compromis. Je trouve cela très inquiétant pour l’avenir du pays.

Il y a aujourd’hui un bloc de droite composé de deux PLR et de deux UDC au Conseil fédéral. Est-ce un problème?

Si j’ai la chance d’être élue, je m’engagerai pour que les décisions prises puissent être portées par l’ensemble du collège et pas imposées par un bloc aux autres membres.

Quelle est l’importance d’avoir davantage de femmes au Conseil fédéral?

Les Suissesses constituent la moitié de la population. Il est donc normal qu’elles soient représentées de manière adéquate au Conseil fédéral. J’ajoute que mon expérience m’a démontré que les femmes sont moins «idéologues», plus aptes à chercher des solutions et des compromis en faisant fi des barrières idéologiques.

Si vous êtes élue au Conseil fédéral, comptez-vous y rester jusqu’à 64 ans, 65 ans, ou au-delà de cet âge?

Je ne sais pas, mais je vois bien que votre question fait référence à l’âge de la retraite des femmes. Je soutiens l’augmentation à 65 ans, mais je demande l’égalité salariale en contrepartie. De manière générale, je suis pour une certaine flexibilité. Si quelqu’un veut travailler plus longtemps, il doit pouvoir le faire.

Soutenez-vous l’idée d’un congé paternité?

Oui. J’aurais préféré une solution de quatre semaines pour le père, mais la réalité politique retiendra probablement plutôt la moitié.

Etes-vous favorable au mariage homosexuel?

Je le soutiens, ainsi que la possibilité d’adopter l’enfant de son partenaire. Je m’oppose cependant au recours à des mères porteuses. C’est une question de morale envers la femme qui porte l’enfant.

Vous évoquez souvent les enjeux de la numérisation. Que préconisez-vous?

La digitalisation est le grand défi de nos sociétés, avec des opportunités et des dangers. J’y suis sensible car je préside l’association Fibre optique Suisse. J’ai des affinités pour les nouvelles technologies depuis mon enfance, grâce à l’entreprise d’électricité de mon père. Le Conseil fédéral a déjà beaucoup fait dans le cadre de la stratégie numérique suisse. Toutefois, à l’heure actuelle, j’ai l’impression que chaque département agit de son côté. Il me paraît indispensable de réunir les forces au sein d’une centrale, dont la nature reste à définir.

Que pensez-vous de la manière dont l’initiative de l’UDC sur l’immigration a été mise en œuvre?

J’ai soutenu à 100% la position du PDC, qui voulait des règles plus concrètes, plus fortes, et une approche plus régionale. Le parlement n’a pas pris au sérieux le vote du peuple. Il aurait dû en faire davantage.

Les mouvements nationalistes progressent dans plusieurs pays. Cela vous inquiète-t-il?

Oui, cela m’inquiète de voir de tels mouvements progresser dans certains pays. L’Union européenne est souvent critiquée, mais, depuis sa création, il n’y a pas eu de guerre en Europe occidentale. C’est un acquis énorme, dont nous n’avons pas toujours conscience. Notre génération a eu beaucoup de chance de vivre cette période. Lors des cérémonies de commémoration de la fin de la Première Guerre mondiale, le président français, Emmanuel Macron, a dit une phrase qui m’est restée en tête: «Le nationalisme, c’est le contraire du patriotisme.» Je pense qu’il faut la retenir.

Où se place l’UDC selon vous? Est-ce un parti patriotique ou nationaliste?

Les deux courants existent au sein de ce parti. L’initiative sur l’autodétermination est clairement nationaliste à mon avis. Je suis aussi une patriote, mais on ne peut pas se refermer sur soi-même sans jamais regarder au-delà de nos frontières. Nous vivons dans un monde globalisé et devons rester ouverts.


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