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Viola Amherd rapetisse la grande muette

La conseillère fédérale PDC a décidé de l’approche à mettre en place pour acheter de nouveaux avions de combat. Au grand dam de la droite, la ministre a privilégié une variante modeste. Egalement pour l’armée de terre

Viola Amherd commence à imprimer sa marque. Ce jeudi, la nouvelle cheffe de l’armée suisse présentait la solution retenue par le Conseil fédéral pour renouveler les moyens de protection de l’espace aérien et moderniser l’armée de terre. Les ambitions des légions suisses ont été revues à la baisse, sur terre comme dans les airs.

De quoi parle-t-on?

Du renouvellement «Air2030» des moyens de protection de l’espace aérien – système de défense sol-air compris – pour un montant maximal de 8 milliards de francs. Après le refus du Gripen dans les urnes en 2014, la défense suisse court contre la montre pour acquérir de nouveaux jets. L’année dernière, Guy Parmelin avait opté pour un arrêté de planification soumis à référendum proposant l’achat combiné de nouveaux jets et de moyens de défense sol-air. La nouvelle ministre en a décidé autrement.

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Qu’a ordonné Viola Amherd?

Après avoir consulté deux experts externes, l’ancien astronaute – et pilote – Claude Nicollier et Kurt Grüter, qui a dirigé le Contrôle fédéral des finances, Viola Amherd a jugé que les Suisses devaient voter sur une enveloppe de 6 milliards uniquement destinée à l’achat d’avions de combat. «Un montant inférieur compromettrait la taille de la flotte, davantage ne laisserait pas assez d’argent pour le système de défense sol-air», a-t-elle fait valoir. Le nombre et le modèle des avions ne seraient connus qu’après la votation. L’acquisition d’un système de défense sol-air se fera lui dans le cadre des programmes d’armement ordinaires pour un montant de 2 milliards.

Quid des affaires compensatoires?

Les affaires compensatoires, qui obligent le fabricant emportant le contrat à commander des pièces aux entreprises suisses pour un certain pourcentage du prix d’achat total, ont été revues à la baisse. La conseillère fédérale suit là aussi l’avis externe de Kurt Grüter plutôt que celui de Guy Parmelin: 60% du montant suffit.

«Le but de ces offsets, a-t-elle indiqué ce jeudi, est de garantir le maintien du savoir-faire des entreprises suisses dans le domaine de la sécurité. Avec 60% d’affaires compensatoires, nous atteignons ce but. Davantage et nous soutiendrions des entreprises qui n’ont rien à faire avec ces technologies.» Les offsets seraient répartis entre les régions linguistiques (65% en Suisse alémanique, 30% en Suisse romande, 5% en Suisse italienne).

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Combien d’avions va-t-on acheter?

Nul ne le sait encore. Dans son rapport, Claude Nicollier recommandait 40 unités. Les 6 milliards annoncés par Viola Amherd ne seraient toutefois pas suffisants pour en acquérir autant, disent les experts. En baissant le pourcentage d’affaires compensatoires, la Suisse peut cependant espérer une ristourne de la part des fabricants. Et ainsi acheter davantage d’unités? «Si c’est possible, je le recommanderai», a indiqué Viola Amherd. A noter que les différents modèles présentés par Airbus, Boeing, Dassault, Lockheed Martin et Saab depuis début avril à Payerne n’ont pas tous le même coût.

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Qu’en est-il des troupes au sol?

Lors de la conférence de presse sur la défense aérienne, Viola Amherd a présenté une décision de principe concernant l’armée terrestre de demain. Une partie des systèmes utilisés est en fin de vie (certains datent même des années 60!) et doit être remplacée.

Pour ce faire, le gouvernement prévoit un investissement d’environ 6 milliards – compris dans le budget ordinaire – qui privilégiera les capacités à affronter des conflits «hybrides». «L’augmentation de la population et de sa densité ainsi que l’urbanisation du pays nécessitent des unités agiles, légères et polyvalentes», a souligné la cheffe des troupes. Ce faisant, et c’est significatif, l’armée renoncerait toutefois à sa capacité d’assurer une défense mobile hors des grands axes.

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Comment ont réagi les partis?

Comme on pouvait s’y attendre, la gauche a dénoncé la résolution de soumettre au vote un montant sans savoir quel type d’avion sera acheté. «Le peuple ne peut pas prendre de décision à l’aveugle», déplore le PS. Le parti s’est toutefois félicité de la décision de séparer les avions de la défense sol-air ainsi que de la planification d’une cure d’amaigrissement de l’armée de terre.

«L’abandon de l’équipement lourd tel que les chars se faisait attendre, ont indiqué les socialistes. Dans les zones urbaines, ils mettent en danger notre propre population alors que, sur terrain découvert, ils sont une cible facile. L’accent mis sur des appareils plus légers est un pas dans la bonne direction.» La droite a évidemment pris le contre-pied du PS et regretté une limite de 6 milliards, «trop basse», se déclarant «convaincue que les Suisses diront oui à une meilleure défense aérienne». Quant au PDC, parti de Viola Amherd, il a conté les louages de sa championne.

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