Conseil fédéral

Viola Amherd en sauveuse du PDC

L’annonce de la candidature de la Haut-Valaisanne soulage son parti mais ne rassure pas la droite conservatrice, où certains élus évoquent le scénario d’un papable non déclaré

Cette fois, c’est sûr! Viola Amherd est candidate au Conseil fédéral. Ce mercredi à 14h30, le PDC du Haut-Valais a pu officialiser une nouvelle attendue depuis près d’un mois, soit depuis la démission de Doris Leuthard. Au sein du PDC, le soulagement est perceptible. D’une part parce que la Haut-Valaisanne apparaît déjà comme la candidature la plus solide du quartette pour l’instant en lice. D’autre part parce qu’elle assurerait une passation de témoin dans la continuité si elle était élue le 5 décembre prochain.

Opérée d’un calcul rénal la semaine dernière, Viola Amherd n’a quitté l’hôpital qu’aujourd’hui sur le coup de midi à la suite d’une complication. Fatiguée, elle n’a ainsi pas pu tenir de point de presse. Mais «elle va mieux», assure son entourage. «J’ai mûrement réfléchi. J’ai beaucoup de respect pour la fonction de conseiller fédéral. Mais je serais ravie de m’engager pour résoudre les problèmes de notre pays de manière constructive», peut-on lire dans le communiqué du PDC. Celui-ci précise que la Haut-Valaisanne a reçu de nombreux encouragements, à la fois de la population valaisanne et de la plupart des partis politiques à Berne.

Lire notre éditorial: La douce brise du PLR et le vent agité du PDC

Constellation plus favorable

Viola Amherd vient de faire le plus dur après avoir vécu le mois probablement le plus tourmenté de sa vie politique. Voici quelques jours, elle semblait terrassée après son ennui de santé se prolongeant et un jugement du tribunal la condamnant dans une affaire de bail. Aujourd’hui, l’horizon s’est nettement éclairci. Non seulement plusieurs juristes et politiciens estiment que cette dispute civile entre un propriétaire et son locataire est loin d’être un handicap rédhibitoire. Surtout, les principaux rivaux qui auraient pu barrer la voie du Conseil fédéral à une femme se sont tous désistés, à commencer par Erich Ettlin et Pirmin Bischof.

«Viola Amherd est dans une meilleure conjoncture aujourd’hui qu’il y a deux mois», résume le conseiller aux Etats Jean-René Fournier (PDC/VS). «Elle est désormais favorite, de par son expérience, ses compétences et la crédibilité dont elle jouit sous la Coupole à Berne», ajoute-t-il.

Lire aussi: Conseil fédéral: en attendant Viola Amherd

Elire deux femmes

Le Haut-Valais fêtera-t-il bientôt un deuxième conseiller fédéral après Josef Escher entre 1950 et 1954? C’est bien sûr encore loin d’être gagné. Mais les auspices sont favorables. A gauche, au centre droit de même qu’au sein de la droite libérale, Viola Amherd fait figure de rassembleuse. Au PS comme chez les Verts – qui lui avaient donné 16 voix en 2015 lors de l’élection de Guy Parmelin –, les avis se sont déjà formés: «Nous souhaitons élire deux femmes pour remplacer Johann Schneider-Ammann et Doris Leuthard», déclare Adèle Thorens (Les Verts/VD).

A côté de Karin Keller-Sutter au PLR, Viola Amherd semble bien partie: «Dans le contexte du durcissement des fronts notamment au Conseil national, l’élection d’une personnalité qui bâtit des ponts est importante», renchérit Adèle Thorens. Sa collègue Rebecca Ruiz (PS/VD) abonde dans ce sens: «C’est une femme respectée et droite qui tient toujours parole», souligne-t-elle.

«Un choix très moyen»

De son côté, le camp bourgeois est beaucoup moins euphorique. Les voix les plus critiques ne cachent pas leur frustration en évaluant les quatre papables du PDC. «Le choix est vraiment très moyen, même s’il faut encore attendre les auditions des candidats», tranche Michaël Buffat, vice-président du groupe UDC. Aux yeux du plus grand parti suisse, Viola Amherd est cataloguée comme «une femme de gauche trop féministe» qui ne va assurément pas favoriser une «coalition bourgeoise» à laquelle aspirent pourtant les trois présidents Albert Rösti (UDC), Petra Gössi (PLR) et Gerhard Pfister (PDC).

La présence de la rayonnante Doris Leuthard, femme forte du Conseil fédéral, a semble-t-il occulté un problème de relève au PDC. «Ce parti donne l’image d’une formation en déclin qui peine à se renouveler», note Philippe Nantermod, vice-président du groupe PLR. Au point que ce dernier se demande si les nombreux hommes qui se sont désistés ont eu peur que le PDC ne perde son siège au gouvernement après les élections de 2019 où il pourrait tomber sous la barre des 10% de parts de suffrages selon les derniers sondages.

Sous le couvert de l’anonymat, plusieurs élus du PLR et de l’UDC évoquent un scénario plausible, selon lequel le «niveau insatisfaisant des candidats» pourrait bien favoriser l’éclosion d’une candidature de combat. Deux noms reviennent toujours: celui du chancelier de la Confédération, Walter Thurnherr, qui fait l’unanimité dans tous les partis, et celui du président, Gerhard Pfister, qui ne séduit qu’à droite. Pour mettre fin à une rumeur de plus en plus insistante, le Zougois a multiplié les démentis, dans la presse comme sur les réseaux sociaux. Ce qui fait sourire un élu UDC: «Plus il dément, et plus il est candidat»!

Plus de contenu dans le dossier

Publicité