Neuchâtel

Violaine Blétry-de Montmollin, la fille du terroir qui fait campagne en ville

Elle n’a que 40 ans, mais déjà vingt ans de politique derrière elle. La libérale-radicale Violaine Blétry-de Montmollin devrait intégrer l’exécutif de la Ville de Neuchâtel lors des élections de novembre. Et y amener des ambitions. Pour la ville, le canton, et pour elle

Une énergie communicative. Un caractère trempé dans le terreau politico-viticole familial. De l’ambition. Des expériences fortes, malgré ses 40 ans seulement. Violaine Blétry-de Montmollin est le centre d’intérêt des élections communales de la Ville de Neuchâtel, le 27 novembre. Elections reportées du printemps, en raison du processus de fusion de Neuchâtel avec trois communes voisines, projet avorté en raison du refus de Peseux.

Quatre des cinq magistrats de l’exécutif professionnel de Neuchâtel (34 000 habitants) sont candidats à un nouveau mandat (la Verte Christine Gaillard, les socialistes Olivier Arni et Thomas Facchinetti, et le PLR Fabio Bongiovanni). Ils ont de bonnes chances d’être réélus. Le rapport de forces (3 élus de gauche et 2 de droite, le même depuis 1992 lorsque Neuchâtel a basculé à gauche) ne devrait pas être modifié, même si un affaiblissement de la majorité de gauche est possible au législatif local.

Les regards se tournent donc vers la succession du libéral-radical Pascal Sandoz, qui s’en va après douze ans d’exécutif. Le PLR revendique le siège et lance une liste à cinq. Bien que n’habitant la ville que depuis un an et demi, Violaine Blétry-de Montmollin devrait être la sixième femme à accéder au Conseil communal du chef-lieu, la deuxième libérale après le bref passage de Violaine Barrelet entre 1997 et 2000, renvoyée par les siens parce qu’elle ne donnait pas satisfaction.

Marmite politique et viticole

Dans le vignoble d’Auvernier, Violaine Blétry-de Montmollin est tombée, toute petite et de son plein gré, dans la marmite du terroir et de la politique. Fille d’un ancien président libéral du Grand Conseil et vigneron, Pierre de Montmollin, elle trouve son bonheur dans l’engagement. « J’étais déjà déléguée de classe, engagée dans des associations et je suis entrée dans les institutions de ma commune dès que j’ai pu », confie-t-elle. Licenciée en économie, députée libérale à 25 ans déjà, en 2001, elle s’extirpe pourtant du giron viticole et travaille en fiduciaire puis comme comptable.

Elle quitte son Neuchâtel natal avec son mari jurassien pour s’établir à New York, durant un an, où rien ne se passe comme prévu. Elle y fera la promotion des vins suisses. Le jeune couple prend ensuite son sac à dos et fait le tour du monde. « Cette expérience a été très riche, j’y ai acquis mon ouverture d’esprit, la relativisation de nos problèmes. » Retour au pays en 2005.

Présidente du PLR

Violaine Blétry-de Montmollin revient au domaine familial qu’elle codirigera durant six ans. « Et j’ai fait deux enfants. » Elle est toujours députée. En 2008, lorsque libéraux et radicaux fusionnent, elle est appelée à faire l’entremetteuse entre les cousins ennemis d’hier. Elle devient présidente du PLR neuchâtelois au moment où le parti prend la majorité du Conseil d’Etat, au printemps 2009.

Elle vivra une très intense présidence de deux ans. Avec les bons côtés : l’élection de Didier Burkhalter au Conseil fédéral, celle de Raphaël Comte au Conseil des Etats. Il y a aussi le cauchemar de l’affaire Hainard et des bisbilles au gouvernement cantonal. « C’était chaud et difficile. Que de samedis matins consacrés à faire se parler nos conseillers d’Etat. » Sans succès.

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Sans perdre son enthousiasme, Violaine Blétry-de Montmollin répond favorablement, en 2010, à la sollicitation du ministre Philippe Gnaegi qui cherche une secrétaire générale. Nouvelle désillusion : les rapports sont difficiles avec son patron, « et surtout, aucune ligne de conduite du gouvernement. Je suis partie après deux ans ».

Faire rayonner

Elle fait une pause de dix-huit mois, s’occupe de sa famille. Puis revient au terroir : elle dirige depuis deux ans et demi l’office cantonal des vins et des produits du terroir. Qu’elle autonomise, révolutionne, fait rayonner. C’est son slogan : faire rayonner. « Nos produits, mon canton, ma ville. »

A l’exécutif de la Ville de Neuchâtel, la place de Pascal Sandoz se libère, elle veut revenir en politique. Le virus n’a pas disparu. Mieux, elle entend lancer vraiment sa carrière. « J’ai surtout fait jusqu’ici les campagnes des autres. J’ai senti que c’était, pour moi, le moment d’y aller. » Elle devrait être élue le 27 novembre.

Une ville qui ne doit pas s'endormir sur ses lauriers

Bûcheuse, ouverte aux compromis, bonne vendeuses de produits  et d’idées, l’œil perçant, sans langue de bois et capable d’élever le ton, Violaine Blétry-de Montmollin qui aime commander et être un leader sait qu’elle devrait intégrer un exécutif où elle sera minoritaire, dans une ville qui se porte bien, « mais qui, parce qu’elle dépend d’un gros contribuable, Philip Morris, ne doit pas s’endormir sur ses lauriers.  Il faut que les projets urbanistiques se réalisent enfin. Comme celui des rives du lac. On consulte, on fait participer, mais on ne voit rien. Comme citoyenne, je me sens frustrée. » Elle dit aussi vouloir rabibocher les communes neuchâteloises et le canton, faire entendre la voix du chef-lieu, « sans donner de leçons mais pour tenter de trouver des consensus et faire rayonner autrement notre région ».

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Tremplin vers le Château

La libérale-radicale ne fait pas mystère de ses ambitions. Avec un œil tourné vers le Château et le gouvernement. Pas en avril prochain, mais pourquoi pas en 2021. Sans crainte d'avoir les dents trop longues. « Je suis intuitive. Quand je sens que je dois y aller, alors j’y vais. »

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