«Notre profession de policier nous place quotidiennement devant nos responsabilités face à la société. Cela nous permet d’affirmer que moins il y a d’armes à disposition, moins de personnes en seront victimes», affirmait en 2007 Jean-Pierre Monti, le président de l’Association du personnel de police fédérale (Fedpol), lors du lancement de l’initiative populaire «Pour la protection face à la violence des armes», sur laquelle les Suisses voteront dimanche.

Silence et réserve

Le policier est sûrement le mieux placé pour constater, voire affronter les dérives de la violence armée. Pourtant, la Conférence des commandants de polices cantonales n’a pas voulu prendre position sur l’initiative. Par volonté de ne pas s’immiscer dans «un débat éminemment politique», explique Pierre Nidegger, son président. Qui précise que les avis au sein des corps de police sont «très partagés».

Hormis l’association du personnel de la police fédérale, seul le syndicat de la police de sûreté valaisanne s’est prononcé en faveur de l’initiative. Les autres préfèrent garder le silence. Selon Pierre Nidegger, ils se taisent pour «éviter d’être en contradiction avec les conseillers d’Etat», responsables des forces de police, dont la plupart sont opposés à l’initiative. La plupart des agents interrogés s’abritent derrière des déclarations comme «le policier doit appliquer la loi, et non faire la loi» – donc s’abstenir de prendre parti publiquement pour ou contre le texte. Ceux qui acceptent de témoigner le font sous couvert de l’anonymat.

Interrogé dans la rue, un policier genevois dit avoir déjà été confronté à une arme à feu: «Nous sommes également armés, mais nous avons une formation stricte pour gérer les situations difficiles et garder notre sang-froid. En face, on ne sait pas. On ne peut jamais être sûr que le type ne tirera pas. Alors si cela peut contribuer à diminuer les risques, je voterai oui. Et c’est le point de vue de la majorité de mes collègues.»

Confirmant ces propos, Jean-Pierre Monti défend qu’«il s’agit de l’autoprotection de nos policiers sur une intervention. On ne sait jamais ce qu’on va trouver derrière la porte». Et de rappeler que «le but de l’initiative est de diminuer le potentiel de risque».

Un autre policier genevois relativise: «Celui qui veut une arme trouvera à s’en procurer illégalement, c’est certain. A mon avis, c’est la vente des munitions qui devrait être bien plus stricte.» En revanche, «un fichier fédéral [ndlr: tel qu’en propose l’initiative] serait une bonne chose, car nous sommes en retard sur le contrôle des détenteurs d’armes».

«Le pire, ce sont les armes factices [ndlr: déjà interdites dans la loi actuelle]», confie un policier vaudois, en précisant: «Si on doit ouvrir le feu parce qu’on pense que l’individu est armé, on aura l’air malin!» Il souligne que dans son service, «la majorité votera pour l’initiative, bien que certains, notamment les policiers qui collectionnent les armes, s’y opposent.»

La peur du collectionneur

Ce sont précisément les collectionneurs – civils, ceux-là ­ – que le fonctionnaire vaudois redoute le plus: «Si l’un d’entre eux pète les plombs, il peut disposer de 40 armes à la maison!» Une peur à mettre en relation, probablement, avec le cas de Bex. En 2005, un automobiliste collectionneur d’armes avait tiré, sans raison apparente, sur la police qui effectuait un simple contrôle. Un policier avait été tué, un autre très grièvement blessé.

Pour éviter les incidents de ce type, les services cantonaux qui délivrent les permis préfèrent anticiper. Bernard Bersier, chef du bureau des armes à Genève, explique qu’en 2010, 269 armes ont été saisies de manière préventive dans le canton, «suite à des conflits familiaux. Ou encore sur dénonciation d’une personne qui estime qu’un membre de la famille disjoncte. S’il s’avère qu’il possède une arme, on la confisque.» Le séquestre est valable une année. «Après, on rouvre le dossier, explique Bernard Bersier. Si le détenteur ne présente plus de risque, on lui rend son arme.» Sur les 124 dossiers de saisies de l’année 2010, seuls 37 ont fait l’objet de restitutions.

Si l’initiative divise les policiers, la quasi-totalité semble tout de même favorable à un registre central des armes. Aujourd’hui, chaque canton tient son propre fichier, dont l’accès est réservé à la police et aux autorités judiciaires. De son côté, l’armée recense les armes d’ordonnance remises en prêt aux militaires en service actif et celles qui ont été cédées définitivement durant les dix dernières années. Max Hofmann, secrétaire général de la Fédération suisse des fonctionnaires de police, affirmait en janvier dans La Liberté: «Nous soutenons cette idée depuis des années. Car si je déménage avec mes armes du Tessin à Genève, ce dernier canton ne saura rien de l’arsenal que je possède si je ne prends pas la peine de l’annoncer.»