L'affaire met le canton du Jura en émoi: dimanche soir, un jeune Ajoulot a battu à mort son épouse, elle aussi ressortissante jurassienne de moins de 30 ans. Le drame s'est déroulé dans l'appartement du couple, sous les combles d'un immeuble de la Grand-Rue à Porrentruy.

L'homme a lui-même appelé la police, lundi matin à 7 heures. Les forces de l'ordre ont trouvé la victime sans vie dans son lit. Le mari a été incarcéré, a reconnu les faits et est poursuivi pour homicide intentionnel.

Les circonstances du décès ne seront formellement établies qu'après l'autopsie. Mais l'auteur des violences, inconnu des services de police, n'a utilisé ni arme à feu ni couteau. Il a multiplié les coups violents à son épouse et l'a agressée au cou. La victime n'est pas décédée immédiatement, ce qui pourrait expliquer pourquoi le mari n'a appelé la police qu'à son réveil, lundi matin.

Le juge d'instruction Jean Crevoisier précise que les époux n'en étaient pas à leur première dispute, mais il n'y avait pas eu auparavant d'intervention policière ni d'hospitalisation.

Le Jura est sous le choc, surtout qu'une autre affaire de violence conjugale fatale avait défrayé la chronique en septembre 2007 à Vicques, chez un couple de restaurateurs. Le mari jaloux avait abattu son épouse de deux balles dans la tête.

En raison des statistiques policières différentes d'un canton à l'autre - l'harmonisation est programmée pour 2010 - la violence conjugale entraînant la mort est peu documentée. L'Office fédéral de la statistique avait déterminé que, sur une période de cinq ans entre 2000 et 2004, 127 femmes de plus de 15 ans étaient décédées en Suisse à la suite de violences domestiques. Les polices expliquent que l'utilisation d'une arme à feu ou d'un couteau constitue les cas fatals les plus fréquents. Les décès provoqués par les coups assénés par les poings ou les pieds et les strangulations sont plus rares. Les tentatives d'étranglement sont certes régulièrement relevées, sans toutefois provoquer la mort.

Ce qui frappe les esprits dans l'homicide perpétré à Porrentruy, c'est qu'il survient dans un couple où la violence conjugale était peut-être présente depuis un certain temps, mais sans suivre le processus de la «montée en puissance» des coups. Un observateur extérieur note que «l'auteur n'avait visiblement pas le profil du meurtrier, n'avait pas une trajectoire d'homme devenant toujours plus violent. Depuis quelques années, il est toutefois fréquent de constater, d'un coup, une hyper-réaction qui peut conduire à l'acte fatal.»