Le Temps: Vous êtes à la tête du Département du territoire et de l’environnement depuis 2014. Pourquoi n’avoir pas laissé vos collègues s’occuper de la lutte contre la violence domestique?

Jacqueline de Quattro: Lorsque j’étais avocate, j’ai défendu beaucoup de victimes violentées par leur conjoint. Je trouvais que l’Etat pouvait faire plus dans la prise en charge de l’auteur. En tant que ministre, j’ai fait de ce dossier l’une de mes priorités.

De toute façon, la lutte contre la violence domestique est un travail de réseau, à cheval entre différents départements. Le financement des centres provient du portefeuille de Pierre-Yves Maillard, la police est gérée par ma collègue Béatrice Métraux, le relais avec les écoles nouvellement par Cesla Amarelle.

- Un travail de sensibilisation a été fait auprès des juges et des policiers. Pourquoi spécifiquement sur la violence conjugale?

- Ce type de violence est plus complexe qu’un rapport entre une pauvre victime et un méchant bourreau. C’est un attachement amoureux, ce sont des questions financières, c’est une dépendance entre dominant et dominé qui reviennent toujours l’un vers l’autre, pris dans le cycle de la violence. Nous avons voulu sensibiliser les policiers et les juges car il arrivait que les victimes s'entendent dire: pourquoi êtes-vous retournée vers lui?

- Vous êtes une femme libérale, pourquoi est-ce à l’Etat d’intervenir dans une relation conjugale qui se passe mal?

- Je ne veux pas mettre les gens sous tutelle mais je cherche à limiter la récidive en les responsabilisant. Le travail est délicat. L’Etat a un devoir de protection envers ses citoyens. La violence domestique n’est pas un problème privé, elle affecte la société dans son ensemble. Notre loi est une loi d’organisation de différents acteurs entre eux: nous sommes à la limite du droit et du bon sens.

- Justement, certains l’auraient voulue plus ambitieuse…

- Elle a le mérite d’exister, et cela devenait urgent. Car les victimes ne parlent que si elles ont une chance d’être entendues. Sur le terrain, nous étions déjà en avance, mais le cadre légal les aidera à se sentir respectées.

- En quoi le canton est-il pionnier?

- J’ai dit à Simonetta Sommaruga que si elle faisait passer le bracelet électronique comme moyen de surveillance, je voulais que Vaud soit pionnier. Nous l’utiliserons dans les cas graves. Le fait que l’auteur suive un entretien thérapeutique avant qu’il ne rencontre le juge, alors qu’il est présumé innocent, c’est aussi novateur.

- Qu’est ce qui a changé avec la prise en charge de l’agresseur?

- Nous avons compris qu’il fallait l’aider à modifier la gestion de son comportement et ne pas nier sa propre souffrance. Un conjoint éloigné de son domicile pour cause de violence peut s’effondrer. Beaucoup d’agresseurs ont été victimes dans leur enfance, en les prenant en charge dans le suivi thérapeutique, nous sommes déjà dans la prévention.

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