Le virage digital de l’Alimentarium de Vevey

Vaud Le musée de l’alimentation lance une plateforme en ligne pour s’internationaliser

L’Alimentarium de Vevey fermera ses portes le 24 août prochain. Ce sera pour mieux les rouvrir en juin 2016. Durant dix mois, le musée de l’alimentation opérera une mue de ses salles d’exposition et, surtout, une mutation digitale. Pour faire patienter le public, l’institution veveysanne met en ligne une plateforme digitale, présentée hier.

L’Alimentarium Academy, destinée aux enfants de 9 à 14 ans, à leurs professeurs et à leurs parents, propose des supports de cours en ligne et une application pour smartphones et tablettes en trois langues (anglais, français, allemand), libre d’accès. Les jeunes peuvent s’initier par le jeu à la transformation des aliments dans le tube digestif ou aux principes de base d’une alimentation équilibrée.

Pour développer sa nouvelle offre digitale, le musée a fait appel à l’expert en technologies éducatives Pierre Dillenbourg, directeur du Centre pour l’éducation à l’ère digitale de l’EPFL. Sa spécialité? Les MOOC, ou «Massive open online courses» (MOOC), des cours en ligne ouverts à tous et largement distribués. Le jeu éducatif conçu pour l’Alimentarium par la société Corpacademy répond au même principe: ouvrir le musée à une audience mondiale. Avec, à l’horizon, peut-être, la traduction de ses contenus en chinois ou en coréen.

Les expositions permanentes, articulées autour de trois thèmes – aliment, société et corps – pourront elles aussi être visitées en ligne. Au programme: pérégrination à l’intérieur d’un tube digestif, ou suivi d’une tomate, de la graine à la table. «L’Alimentarium attire entre 60 000 et 65 000 visiteurs par an, principalement romands. Avec une plateforme digitale, on espère toucher au moins 200 000 à 300 000 personnes, peut-être davantage», indique sa directrice, Ursula Zeller.

«Le jeu ne suffit pas»

Les nouveaux outils pédagogiques du musée devront passer un premier test au sein d’une classe d’élèves de La Tour-de-Peilz. Le musée espère qu’à l’avenir des enseignants s’en serviront lorsqu’ils aborderont dans leur programme le thème de la nutrition. «Le jeu ne suffit pas, explique Pierre Dillenbourg. Pour qu’il suscite la réflexion et l’apprentissage, l’intervention d’un professeur est nécessaire.»

La Fondation Nestlé injecte 20 millions de francs pour la digitalisation et la cure de jouvence du musée, qu’elle compte transformer en «pôle de connaissances sur la nutrition et l’alimentation», précise Rudolf Ramsauer, président de la Fondation Nestlé.

Comment garantir la validité scientifique du contenu, dans un projet uniquement financé par la multinationale de l’industrie alimentaire? Cinq scientifiques ont participé à l’élaboration des informations didactiques: deux d’entre eux proviennent du Centre de recherche Nestlé. En s’associant à trois intervenants externes, le musée estime garantir son indépendance. «Si notre contenu n’était pas valide à leurs yeux, ils ne collaboreraient pas avec nous», estime Ursula Zeller.