Carnet de campagne

Virna Conti, fougueuse europhobe

La jeune candidate UDC et étudiante en droit combat l’accord-cadre avec l’Union européenne. Pour convaincre hors de son parti, elle mise sur le dialogue, sans provocation

Comment font-ils campagne, avec quels moyens, quelle motivation? Alors que les candidats aux élections fédérales n’ont jamais été aussi nombreux, «Le Temps» suit six d’entre eux sur le terrain pour un carnet de campagne.

Cheveux au vent, regard déterminé et allure BCBG: sur son flyer de campagne, Virna Conti prend la pose devant le mur des Réformateurs. A 24 ans, elle est la seule femme sur la liste des Jeunes UDC genevois pour les élections fédérales. Siéger sous la Coupole, l’étudiante en droit en rêve, tout autant que de terminer l’Ecole d’avocature. Consciente que sa candidature a valeur de premier tour de piste, elle mise sur une campagne de terrain avec un usage modéré des réseaux sociaux.

Les débuts de Virna Conti en politique sont à l’image de son attitude, fougueuse et spontanée. Un peu avant sa majorité, la jeune femme réalise qu’elle n’y connaît rien. Sa mère d’origine croate vote à gauche par automatisme, son père italo-suisse possède sa carte à l’UDC, mais elle ne le sait pas encore. A table, le sujet n’est pas abordé. Lors d’un débat en classe, Virna Conti est la seule à soutenir l’initiative anti-minarets de l’UDC. «Il me semblait normal de refuser une pratique qui ne fait pas partie de notre culture, lâche-t-elle, dans un bar de la Vieille-Ville où elle a ses habitudes. Mes camarades comme mon professeur ont pourtant été choqués.» C’est le déclic. En 2015, elle fait son «coming out» et intègre l’UDC genevoise. L'année suivante, elle est élue présidente de la section jeune. En mai dernier, elle se présente aux élections cantonales pour le Grand Conseil et termine première des viennent-ensuite.

«Extrémiste au premier abord»

Conservatrice, souverainiste, europhobe, Virna Conti embrasse pleinement le slogan de l’UDC: la Suisse avant tout. «Notre système politique est tellement différent de celui de l’Union européenne, l’accord-cadre ne produirait qu’un choc institutionnel, sans parler d’une adhésion qui serait une catastrophe. Quand on voit la France ou l’Italie, ça ne fait pas rêver.» Sans surprise, le combat contre l’accord institutionnel forme le cœur de sa campagne. A mi-chemin entre l’aile agrarienne et l’aile zurichoise libérale, Virna Conti, qui a grandi dans la campagne genevoise huppée, soigne néanmoins le dialogue. «Les gens me voient comme une extrémiste mais changent d’avis lorsqu’ils me parlent.»

Contrairement à ce que laisse croire son étiquette de millennial, la recette de sa campagne se veut traditionnelle: des stands le samedi sur les marchés, des affiches, des clips promotionnels et, éventuellement, du porte-à-porte. Consciente de l’importance de l’e-réputation, Virna Conti manie les réseaux sociaux avec précaution. En tant que présidente de section, elle veille au grain. «Quand je reçois des demandes d’adhésion, je vais fouiller le profil Facebook du candidat, ça m’est arrivé d’en refuser. La réputation de l’UDC est en jeu et personne n’est à l’abri d’un bad buzz.»

Ecologiste et féministe

Au-delà de son profil UDC, Virna Conti possède néanmoins des ramifications exogènes. Elle se considère comme écologiste, féministe, et persiste à concilier les deux à sa manière. «Le climat ne devrait pas être un gène politique, estime-t-elle. Nous sommes tous concernés. Malheureusement, il n’y a pas encore d’unité dans le parti sur ce sujet.» Si elle revendique l’égalité salariale, elle n’a pas participé à la grève des femmes – pas plus qu’aux marches pour le climat. «Je ne défile pas dans la rue, il existe d’autres outils pour se faire entendre.»

Sur les stands, l’étiquette UDC est parfois dure à porter. «Il faut savoir expliquer son point de vue sans brusquer, montrer aux gens qu’on s’intéresse à leurs préoccupations», philosophe Virna Conti. Loin des stratégies de provocation chères au parti, la jeune candidate compte peser ses mots pour convaincre hors du parti. Une stratégie qui s’observe aussi sur ses affiches au slogan évocateur: «Choisir les jeunes pour l’avenir». Très loin du machiavélisme de la pomme attaquée par de multiples vers qui avait fait jaser.


Que sont devenus ceux de 2015?

Il y a quatre ans, Le Temps avait déjà accompagné dans leur campagne six jeunes candidats. Que sont-ils devenus?

La présentation des six candidats 2015, en textes et vidéos: Six nouvelles voix à l’assaut de la Berne fédérale

Deux élues

Deux d’entre eux, deux femmes, ont été élues au Conseil national. Il s’agit de la Verte genevoise Lisa Mazzone, qui vise aujourd’hui un siège aux Etats, et de la socialiste zurichoise Mattea Meyer, qui brigue un second mandat.

Un candidat à nouveau

Un troisième, le PDC fribourgeois Blaise Fasel, est à nouveau candidat. Il préside actuellement le Conseil général de la Ville de Fribourg.

Trois cadres politiques

Les trois autres ont fait leur chemin dans la politique cantonale. Michaël Dupertuis est devenu secrétaire général des Vert’libéraux vaudois, Grégory Logean dirige le groupe UDC du Valais romand au parlement de Sion et Nicolas Ruedin est devenu président du PLR neuchâtelois. (Y. R.)

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