Ils vivent en Suisse, travaillent en Suisse mais, parce qu'ils ne viennent pas de l'Union européenne, se rendre dans leur pays d'origine pour les vacances tient du parcours du combattant. Il y a un an, le Syndicat industrie et bâtiment (SIB) était déjà intervenu auprès des ambassades européennes pour que les ressortissants de pays tiers puissent bénéficier de facilités dans l'obtention de leurs visas Schengen. La validité des visas est ainsi passée de six mois à deux ans. Mais les formalités pour les obtenir restent les mêmes. Et à l'Office fédéral de l'immigration (IMES), on relève que la mesure n'est pas systématiquement appliquée.

Associé au Forum pour l'intégration des migrants (FIM), le SIB a annoncé jeudi à Berne qu'il passait à l'étape supérieure. Le 8 juillet, cinq représentants des deux organisations se rendront à Bruxelles où, soutenus par plusieurs parlementaires européens, dont le vice-président de l'assemblée Renzo Imbeni, ils rencontreront le commissaire à la Justice et aux affaires intérieures Antonio Vittorino. Leur requête: l'abolition pure et simple des visas Schengen pour les ressortissants de pays tiers résidant légalement en Suisse.

Des mois d'attente

Quelque 500 000 personnes sont concernées, dont 350 000 viennent de Turquie et des Balkans. Jusqu'à il y a peu, ils devaient faire la file parfois plusieurs jours durant devant les ambassades pour obtenir leur visa. Suite notamment à une plainte de riverains genevois excédés par les nuisances, la plupart des représentations ne reçoivent désormais que sur rendez-vous: «Si vous téléphonez maintenant, on vous convoquera au plus tôt pour octobre», relève le porte-parole de l'IMES, Mario Tuor. Pratique, lorsqu'il s'agit de profiter des vacances scolaires. Et inutile d'envisager un voyage improvisé en cas de deuil familial. Au SIB, Mehmet Akyol signale également les conditions posées: il faut notamment attester d'un emploi, ce qui exclut d'office chômeurs et rentiers AI.

La situation paraît d'autant plus absurde que la réciproque est valable: toute personne disposant d'un visa Schengen ou, a fortiori, d'une autorisation de séjour dans l'espace Schengen, entre en Suisse sans formalité supplémentaire. Les motifs de cette générosité étant, à l'origine, touristiques. A l'IMES, Mario Tuor relève que Ruth Metzler est déjà intervenue en vain pour que la réciprocité soit accordée. Désormais, les négociations bilatérales en cours obligent à la prudence, mais la démarche du FIM et du SIB est plutôt encouragée: «Toute pression est bienvenue. Cela dit, je doute que quelque chose change avant l'issue des négociations.»

Secrétaire général du FIM, Claudio Micheloni comprend la réserve du Conseil fédéral. Mais, s'il part à Bruxelles ce mardi, c'est bien que contrairement à l'IMES, il pense que la formalité pourrait être abolie bien avant que Berne et les autorités européennes se soient entendues sur le secret bancaire. Fort du soutien des associations d'immigrés dont il est l'un des représentants, il note que les moyens de pression existent: «Si rien ne change d'ici à l'automne, je vous promets quelques actions spectaculaires – et légales – dans toute l'Europe qui ne laisseront pas les opinions publiques indifférentes. Nous avons quelques belles idées…»