«Si je ne peux plus voir ma famille, je me laisse mourir.» Prononcés par un de leurs résidents, ces mots ont servi de déclic pour l’équipe soignante et les animateurs de l’Association Beaulieu, qui réunit les établissements médico-sociaux (EMS) de Sierre, de Venthône et de Chalais. Son responsable animation, Samuel Théoduloz, explique ainsi: «On s’est dit qu’il fallait absolument mettre quelque chose en place pour que les résidents puissent continuer de voir leurs proches dans ce contexte de confinement… Nous avons d’abord pensé à Skype avant de nous lancer sur WhatsApp vidéo.» Interdites depuis le 11 mars dernier pour cause de coronavirus, les visites se font désormais uniquement par écrans interposés. En parallèle, le home des Jasmins a lancé sa page Facebook, en plus de la gazette publiée chaque mois, afin de préserver un lien avec les familles des résidents.

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Des plages horaires réservées

A l’instar des résidences de Beaulieu et de Pré du Chêne, Les Jasmins, à Chalais, dispose d’une ligne téléphonique dédiée aux appels via WhatsApp. Introduite le 18 mars, cette nouveauté s’est vite imposée comme une respiration bienvenue dans le quotidien des résidents. Preuve de son succès, la ligne téléphonique possède désormais un planning réglé à la minute. «Nous avons dû mettre en place des plages horaires réservées pour les personnes qui reçoivent des appels tous les jours», confirme Samuel Théoduloz, avant d’ajouter: «Ça nous rappelle toute l’importance des familles pour le moral des résidents: un simple appel vidéo change tout de suite leur état d’esprit.»

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Une première

Si certains pensionnaires attendent leur visioconférence journalière dès le petit-déjeuner, pour d’autres c’est encore la surprise qui domine. Fritz Metry s’enthousiasme encore du premier appel vidéo passé avec son fils: «Tout d’un coup, l’infirmière de service est venue me voir. Elle m’a tendu l’appareil en me disant que j’avais un appel vidéo avec Yves!» Pragmatique, cet expert automobile à la retraite confie ne pas faire durer la conversation plus de 10 minutes pour ne pas engendrer des frais trop élevés. Rassuré quant à la gratuité des appels vidéo, il reprend: «C’est très positif, surtout maintenant qu’on est confiné et qu’on ne peut plus tellement bouger. On est content d’avoir des solutions comme ça, même si on ne connaît pas tellement le système!» La vidéoconférence permet aux résidents de garder un lien avec l’extérieur, tout en redonnant une certaine normalité à la vie en EMS: «Le contact est meilleur qu’avec le téléphone, c’est comme si j’avais eu une vraie conversation avec mon fils!»

A quelques chambres de là, Gilberte Jacquod nous raconte d’un air amusé que sa fille aînée est passée lui dire bonjour depuis la route le matin même. Résidente des Jasmins depuis bientôt quatre ans, elle nous explique les mesures mises en place dans l’EMS: «On est toujours séparé durant les repas et les activités. On ne peut plus sortir et on ne peut plus recevoir de visites. Le plus dur c’est ça!» Face à cette situation, elle a appris à apprécier les appels vidéo, qui lui permettent de garder le contact avec toute la famille: «On voit les visages et on peut se parler, c’est joli ces appels avec la vidéo!» Le temps de réajuster sa caméra à la hauteur de son visage, elle poursuit: «Ça compense un peu les visites, même si ce n’est pas exactement la même chose.»

96 printemps par visioconférence

Depuis leur introduction aux Jasmins, les appels vidéo ont donné lieu à des scènes touchantes. Le 19 mars, la résidence a ainsi vécu son premier anniversaire en visioconférence, à l’occasion des 96 ans de Madame Aeby. Chargé des appels, Samuel Théoduloz relate avec étonnement la rapidité d’adaptation des résidents. Alors qu’ils ne prêtaient d’abord pas forcément attention à la caméra, la plupart d’entre eux saisissent désormais le téléphone à pleines mains durant toute la conversation. Certains vont même plus loin: «Il y a une anecdote qui revient souvent: c’est le résident qui prend le téléphone et qui fait le bec sur l’écran!» Et pour ne pas laisser planer de doutes, l’animateur précise dans l’enchaînement: «L’appareil est bien évidemment désinfecté entre chaque appel.» Une prudence indispensable pour permettre aux pensionnaires et au personnel soignant d’oublier, un instant, la gravité de la situation.