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Visite à Cery, avant le bouleversement

La transformation de l’hôpital psychiatrique coûtera 100 millions de francs.Petit parcours entre la pierre et la médecine

«Si les gens viennent s’y promener le dimanche, c’est la preuve que nous aurons réussi, que nous serons parvenus à donner une image plus positive des lieux.» Jacques Gasser nous fait une petite visite guidée «avant-après» du domaine de Cery. Directeur de la psychiatrie au CHUV, c’est lui qui pilote la transformation de l’hôpital psychiatrique. Le gouvernement vaudois prévoit d’y investir 106 millions de francs, pour démolir, rénover, construire à neuf. La demande de crédit sera présentée prochainement aux députés.

Cery! Voilà bien un nom qui a marqué l’imaginaire des Vaudois, des Romands. Les importants travaux prévus, rendus nécessaires par la vétusté des lieux et les besoins actuels de la prise en charge, ont aussi pour objectif de rapprocher davantage l’hôpital de la cité, même si la maison ne ressemble déjà plus guère au lieu fermé qu’elle était à l’origine.

Au XIXe siècle, il avait fallu quarante ans aux autorités vaudoises pour concrétiser leur intention de construire un asile d’aliénés moderne. Mais une fois inauguré, en 1873, Cery a pris d’emblée sa place, comme le Burghölzli zurichois (1870), dans la nouvelle génération des hôpitaux psychiatriques suisses, qui offraient trois fois plus de places que leurs prédécesseurs.

L’Etat avait acheté la belle campagne de Cery à un bon prix. On voulait alors soigner les aliénés en les éloignant de leur milieu. Cery a été dessiné sur un plan en «U» par l’architecte Daniel Braillard, auquel on doit aussi les casernes de Bière. Une ferme, où les malades travaillaient, complétait ce dispositif autarcique.

N’y a-t-il pas un paradoxe à vouloir faire aujourd’hui de l’établissement psychiatrique un «hôpital comme les autres» en le maintenant dans sa situation excentrée? «C’est parce que nous disposons de cet immense terrain que nous restons là, répond Jacques Gasser, pas pour des raisons de théorie psychiatrique. Mais il n’y a pas de disponibilité dans le complexe du CHUV, déjà surchargé, et ici, nous sommes désormais quasiment en ville! Surtout, il faut bien comprendre que l’hôpital est devenu un lieu de soins aigus, insiste le directeur. Nous travaillons beaucoup avec l’ambulatoire, la psychiatrie communautaire. La durée moyenne de séjour se situe entre dix et vingt jours.»

Le bureau de Jacques Gasser était autrefois le salon du médecin-chef, du temps où les patrons habitaient sur place. Dans ce phalanstère de la folie, la hiérarchie était marquée. Les pensionnaires privés donnaient sur la terrasse et la vue. Les patients communs étaient installés dans les ailes en retour – celle des hommes et celle des femmes, démolies depuis longtemps – toujours plus loin selon leur degré d’agitation. Rebaptisé «Les Cèdres», le corps central du Cery d’origine est affecté aux tâches administratives et le restera.

L’hôpital psychiatrique à proprement parler est aujourd’hui un bâtiment inauguré en 1959. Il sera entièrement démoli pour faire place à un édifice nouveau, dessiné par le bureau de Lugano Casiraghi, Colombo et Leuzinger (CCL).

L’alternative de la rénovation était tout aussi coûteuse. D’une capacité de 100 lits, le nouvel hôpital pourra aisément être agrandi au besoin. «En 1950, Cery a compté jusqu’à 750 malades, explique le directeur. Sacrée gageure que de savoir quels seront nos besoins dans cinquante ans!»

Des espaces communautaires, et non plus des chambres isolées, seront réservés aux soins psychiatriques intensifs.

Un peu plus loin, la clinique gériatrique, qui date de 1963, sera rénovée. Les patients âgés (80 lits) pourront y être à un ou deux par chambre, alors qu’ils sont encore souvent à quatre. «Dans les années 60, il était novateur de réserver un statut autonome à la psychiatrie gériatrique, explique Jacques Gasser. Maintenant que cette branche est reconnue, on peut sans risque rapprocher les deux disciplines.» Mais, alors, pourquoi maintenir des bâtiments séparés? Une demi-mesure?

Il fallait respecter l’enveloppe financière fixée par Pierre-Yves Maillard, patron de la Santé publique vaudoise, qui ne devait pas dépasser les 100 millions. La contrainte a été respectée par une construction partielle de l’hôpital imaginé au départ et en renonçant à un parking souterrain de 100 places.

Mais le Cery du XXIe siècle accueillera aussi des activités nouvelles. A commencer par un «établissement de réhabilitation sécurisé pour adultes» (20 lits). C’est un lieu où l’on doit pouvoir donner des soins, sans crainte d’évasion, aux délinquants à qui la justice a prescrit des mesures thérapeutiques institutionnelles ou d’internement.

Une présence que l’on n’accepte pas sans états d’âme. «C’est en contradiction avec notre objectif d’ouverture, mais cela n’en reste pas moins une mission de service public», souligne Jacques Gasser. Cet ERS prendra place dans le bâtiment gériatrique, avec une entrée séparée.

Cery comprendra également une unité de soins psychiatriques fermés pour mineurs (10 lits), qui permettra au canton de respecter le droit fédéral, ainsi qu’une unité d’hospitalisation de crise et de jour pour les handicapés mentaux. Eux aussi peuvent souffrir de maladies mentales, il y a longtemps qu’on ne confond plus l’un et l’autre. Ces trois nouvelles unités amèneront 150 soignants supplémentaires sur le site.

La transformation de Cery ­permettra enfin de séparer nettement ce qui est devenu le principal centre romand d’enseignement et de recherche dans ce domaine, au nord, et la mission hospitalière, au sud.

Comme on est à l’hôpital, on parle toujours en lits. Mais ici, même atteints de psychose, de dépression grave ou de démence, les patients n’ont aucune raison de rester couchés toute la journée. «Nous nous sommes posé la question, indique Jacques Gasser. Pouvions-nous, vu le fort développement de l’ambulatoire, envisager un simple bâtiment pour les soins d’un côté, et une forme d’hôtel de l’autre, pour les patients obligés de rester quelque temps?» Visiblement, le concept était trop novateur pour être retenu.

Le Cery du XXIe siècle accueillera aussi un «établissement de réhabilitation sécurisé pour adultes»

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