C'est en pays connu mais toujours pas conquis que Kofi Annan a plaidé pour l'adhésion de la Confédération à l'ONU, jeudi à Berne. S'exprimant au côté du président de la Confédération, Moritz Leuenberger, lors d'une conférence de presse, le secrétaire général des Nations unies a dit combien la Suisse lui était chère: «J'y suis venu jeune, à Genève, j'y ai travaillé et rencontré ma future épouse, a-t-il rappelé. Je me sens ici chez moi.» Les citoyens helvétiques voteront l'an prochain sur une initiative demandant la participation pleine et entière de la Confédération au système onusien. S'ils venaient à dire «non», Kofi Annan en serait «très, très déçu». «Toutes les nations seraient déçues, a-t-il ajouté, mais je serais obligé de respecter le choix des Suisses.»

Le secrétaire général a souligné «la grande activité de la Suisse au sein des Nations unies», qui, bien que non membre, paie de sa personne dans des opérations humanitaires et de maintien de la paix, «avec efficacité». «Je souhaite la poursuite de ces engagements», a-t-il déclaré. Ce fut là l'unique allusion à la votation du 10 juin sur la révision partielle de la loi militaire, portant notamment sur l'armement des soldats suisses à l'étranger.

«Interdépendance» mondiale

Interrogé sur le sens de la neutralité, Kofi Annan a répondu qu'il ne savait pas très bien ce que cette notion «voulait dire de nos jours». «Avec la fin de la guerre froide, le concept de neutralité a perdu de son intérêt. Le monde est globalisé, interdépendant. Il faut reconnaître cette interdépendance», a-t-il clamé. Moritz Leuenberger n'a pas souhaité donner son opinion sur le sujet, renvoyant à ce que le parlement et le Conseil fédéral ont dit à ce propos et affirmant que l'adhésion de la Suisse à l'ONU ne mettrait pas en danger la neutralité.

Profitant de la visite de Kofi Annan, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a distribué hier une brochure intitulée La Suisse et l'ONU*, dans laquelle il présente l'acquis de la contribution helvétique aux Nations unies et expose les raisons plaidant selon lui pour une adhésion. Le DFAE insiste sur le dynamisme de l'organisation, entrée dans un «processus de réforme» façon new public management. Ainsi, cela plaira aux écologistes, «l'ONU produit très peu de papier». L'effectif du Secrétariat général a passé «de 12 000 à 8700 collaboratrices et collaborateurs […]» – à titre de comparaison, la Ville de Zurich emploie à elle seule deux fois plus de personnes».

Un homme «moderne»

Le DFAE vante la modernité de Kofi Annan, qui «s'est prononcé en faveur d'une ouverture de l'ONU aux organisations non gouvernementales ainsi qu'aux milieux économiques». Le secrétaire général, accompagné du ministre des Affaires étrangères, Joseph Deiss, était l'invité du Credit Suisse, mercredi à Zurich. Dans son allocution, il a déclaré que «la faim, les maladies, l'absence d'instruction et les guerres empêchent des milliers d'hommes et de femmes de produire et de consommer».

La brochure éditée par le DFAE aborde de manière pragmatique les avantages d'une adhésion de la Confédération aux Nations unies, qui y dispose d'un siège d'observateur depuis 1948. La Suisse verse à l'heure actuelle «environ 500 millions de francs par an» au système onusien, ce qui la place au sixième rang des plus importants contributeurs. En adhérant, la Confédération augmenterait sa part de 10%, mais elle pourrait faire entendre sa voix dans les «débats budgétaires» de l'ONU et défendre ses idées «plus efficacement». Le DFAE écrit que la présence à Genève du deuxième siège des Nations unies rapporte à la ville trois milliards de francs annuellement. Une adhésion, précise-t-il encore, ne changerait rien à la nature des engagements militaires de la Suisse à l'étranger, qui demeureraient volontaires.

Kofi Annan devait assister jeudi soir à Bienne à un concert très world de Stefan Eicher, sur une idée de Moritz Leuenberger.

*La brochure peut être commandée par téléphone au 031/325.50.50.