Le président de la Confédération, Ueli Maurer, n’ira pas à Bruxelles, mais il pourrait se rendre en Chine en automne, même si la date n’est pas encore fixée. Alors que la Suisse et l’UE semblent toujours irrésolues quant à l’intensité de leurs relations à venir, Berne et Pékin cultivent entre eux l’art de la félicité.

La visite à Berne, ce jeudi et vendredi, du nouveau premier ministre chinois, Li Keqiang, couronne une série de visites et d’échanges à un très haut niveau après la venue, en février, de l’ancien vice-premier ministre, Hui Liangyu. Si Ueli Maurer effectue le voyage à Pékin, auquel il semble tenir, cinq des sept conseillers fédéraux – lui-même, Didier Burkhalter, Doris Leuthard, Johann Schneider-Ammann et Alain Berset –, seront allés en Chine en 2013.

A cela s’ajoute le fait que le premier ministre chinois devrait formellement entériner, à Berne, l’accord de libre-échange négocié avec la Suisse – le deuxième après celui passé avec l’Islande –, auquel la Chine attache beaucoup d’importance. Le contraste est grand avec le refroidissement entre l’UE et la Chine, à la suite de contentieux commerciaux. Pour son premier voyage en Europe, le chef du gouvernement chinois ne se rendra qu’à Berlin après Berne.

Ces échanges aussi suivis s’expliquent bien sûr, côté suisse, par l’importance primordiale du marché chinois, premier pays d’exportation de la zone asiatique pour la Confédération, désormais devant le Japon. La Suisse a exporté pour quelque 14,7 milliards de dollars en 2011, contre 7,4 milliards de dollars de produits importés.

Devant les difficultés institutionnelles pour approfondir ses relations avec l’UE, son premier partenaire commercial, la Suisse a entrepris, depuis plusieurs années, de diversifier son réseau politique et commercial en nouant des relations plus suivies avec les nouvelles puissances économiques, les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine).

Côté chinois, souligne le sinologue Gérard Béroud, la réputation de la Suisse est excellente. On n’a pas oublié que la Suisse a, non seulement, été l’un des premiers pays occidentaux à avoir établi des relations diplomatiques avec la Chine, mais aussi à avoir reconnu son statut d’économie de marché. De plus, Pékin juge intéressant et plus simples de nouer et tester des contacts étroits avec un pays européen non-membre de l’UE, avant de s’engager plus avant avec une Union de 27 membres compliquée. Selon le Quotidien du peuple, la Suisse est «la source principale d’importation de haute technologie».

La Suisse, qui a besoin de relais pour rompre son isolement européen, trouve un intérêt politique à soigner deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. C’est grâce à la Russie que la Suisse a été invitée à suivre les travaux du G20. C’est la Chine qui a permis à la Suisse d’adhérer à un forum essentiel pour son économie, l’Asia-Europe Meeting (ASEM), alors que l’UE était plus que réticente. La Chine apprécie Genève comme lieu de rencontres internationales, puisque c’est là que Zhou Enlai a fait sa première apparition sur la scène internationale, en 1954. Sur la Syrie, le conflit israélo-palestinien et la situation en Corée, la Suisse «apprécie d’avoir des échanges de vues avec la Chine», dit-on à Berne, en soulignant son poids au sein de l’ONU. Et l’on compte bien sur Pékin pour appuyer une candidature suisse au Conseil de sécurité.

Côté chinois, on souhaite aussi engager «un dialogue sur les questions financières» au sujet de la convertibilité de la monnaie, le renminbi. Il existe un renminbi offshore, plus facile à traiter, et la Chine ne serait pas opposée à ce que la Suisse devienne une sorte de plaque tournante européenne pour l’échange de cette monnaie.

Certes, la question des droits de l’homme, des condamnés à mort, des camps de prisonniers et des minorités, notamment du Tibet, reste toujours une épine dans le pied de la diplomatie suisse, que viennent titiller les ONG. Mais, aux Affaires étrangères, on se défend de fermer les yeux sur ces questions.

Aux grandes déclarations publiques qui ne feraient que braquer ses partenaires, Berne préfère un dialogue constant, mais souvent confidentiel, et des actions concrètes sur le terrain. Notamment la visite de prisons que la Suisse a pu effectuer. Il y a une collaboration avancée avec les Ministères de la justice et de la sécurité publique sur les procédures pénales et la réforme pénitentiaire, par exemple. «Il s’agit d’abord d’instaurer des rapports de confiance, afin de contribuer au développement des droits humains en Chine», dit un diplomate.

Pour rompre son isolement dans l’UE,la Suisse a besoinde relais importants,la Russie et la Chine