Il a beau chercher, ce haut fonctionnaire israélien ne voit pas quels sujets «problématiques» pourraient troubler la visite que le conseiller fédéral Joseph Deiss doit entreprendre à partir d'aujourd'hui dans les territoires palestiniens et en Israël. Il y a bien la question du Bureau de liaison auprès des Palestiniens que la Suisse a ouvert à Jérusalem-Est (Le Temps du 20 février). Mais l'affaire ne sera pas évoquée, conformément au vœu de la Suisse. «A part ce petit problème, nos relations sont au beau fixe», note-t-on à Jérusalem.

La question des droits de l'homme évoquée

Ce n'est pas pour autant que ce voyage de quatre jours – un vrai casse-tête du point de vue de la sécurité – sera de tout repos. Alors que la région est plongée depuis six mois dans un cycle de violences sans fin (442 morts, dont 375 Palestiniens), tous les chemins sont minés, même pour un convoi diplomatique.

A Gaza, où Joseph Deiss se rendra ce vendredi pour y rencontrer Yasser Arafat, il sera notamment question des droits de l'homme. La diplomatie israélienne aurait aimé que Berne l'assiste «pour convaincre Arafat de faire cesser la violence». Mais le message n'a pas été transmis officiellement à un chef de la diplomatie suisse qui «ne va pas jouer le rôle de facteur», selon l'un de ses porte-parole.

Les Palestiniens, eux aussi, ont des demandes à formuler à Berne. En octobre dernier, peu après le début de l'actuelle Intifada, ils ont fait pression pour que l'Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution qui concerne directement la Suisse en tant qu'Etat dépositaire des Conventions de Genève. Elle lui demande en effet de convoquer une conférence diplomatique pour faire respecter par Israël la Quatrième Convention, qui vise à réglementer le comportement d'un occupant dans les territoires qu'il contrôle. L'ensemble de la communauté internationale, sauf Israël, reconnaît que cette Convention s'applique dans les territoires palestiniens.

Pour les Palestiniens, comme pour les Israéliens, l'affaire est cruciale. Si cette conférence venait à être organisée, ce n'est pas seulement le caractère illégal de l'occupation israélienne qui serait publiquement affirmé. Israël s'exposerait aussi à de possibles pressions, voire des sanctions économiques, de la part de la communauté internationale, qui est chargée de faire appliquer les Conventions. La Suisse, pour l'instant, est en train de «finaliser les consultations» pour savoir exactement quels Etats seraient favorables à la tenue d'une telle conférence. «Nous essayons de trouver le consensus le plus large possible», explique-t-on au Département fédéral des affaires étrangères.

Invariable message

Joseph Deiss a rencontré il y a peu Yasser Arafat, à Davos. A Jérusalem, il retrouvera aussi un autre Prix Nobel qu'il avait vu au même endroit: Shimon Peres, devenu entre-temps ministre des Affaires étrangères dans le nouveau gouvernement israélien «d'union nationale». Il devrait aussi y rencontrer notamment le premier ministre Ariel Sharon, le président Moshe Katsav, ainsi que le président du parlement, Avraham Burg. Tous lui répéteront sans doute le message qu'ils adressent invariablement aux dignitaires étrangers depuis l'arrivée au pouvoir d'Ariel Sharon et depuis que la mort du «processus de paix» a été officiellement proclamée: «Yasser Arafat est le principal responsable des violences et il dirige désormais une entité terroriste», diront-ils en substance. «Cela nous intéresse de connaître la position israélienne», affirme-t-on à Berne.