Les parlementaires rentrent souvent frustrés de leurs visites à l'étranger ou du moins ne s'estiment pas toujours satisfaits de la façon dont ils ont été reçus. Voilà ce qui peut se lire entre les lignes d'un document interne de la Commission de politique extérieure (CPE) du Conseil national daté du 19 novembre. Les membres de la CPE s'estiment en effet souvent accueillis de façon inadéquate, critiquent de ce fait la mauvaise planification de leurs voyages et regrettent que les relations entre parlementaires suisses et leurs homologues étrangers ne s'intensifient pas davantage.

Une complainte digne de Calimero qui fait immédiatement penser au «coup médiatique» de Bruno Frick (PDC/SZ) en août dernier. Le conseiller aux Etats, à la tête d'une délégation de la CEP en visite à Berlin, n'avait pas hésité, dans un rapport censé rester confidentiel, puis à la presse, de qualifier la rencontre du 26 juin avec sept parlementaires allemands de «flop», jugeant que ces derniers n'étaient pas des plus compétents pour que la discussion prévue autour du secret bancaire et des relations entre la Suisse et l'Union européenne s'avère fructueuse. Bruno Frick ne s'était pas contenté de critiquer le choix des «invités» de l'ambassadeur Thomas Borer, mais a également eu son mot à dire à propos de la date de la rencontre: vexé de voir les parlementaires allemands quitter la table pour rejoindre d'autres députés, il a jugé qu'elle était spécialement mal choisie. Des critiques qui n'ont pas été jugées fondées. Non seulement Thomas Borer a su démontrer que les interlocuteurs choisis n'étaient pas des plus mauvais, mais Bruno Frick, vraisemblablement courroucé par le fait que le chef de la Commission des affaires européennes du parlement allemand ait souligné qu'il avait d'autres priorités que celles de parfaire les relations entre la Suisse et l'Allemagne, s'est surtout fait désavouer par les trois autres membres de la délégation suisse. Ces derniers se sont empressés d'écrire à Joseph Deiss pour dire qu'ils ne partageaient pas l'avis de leur chef de délégation.

Revendications

Le récent document interne dont le Bund s'est fait l'écho lundi est en fait le résultat d'une évaluation d'une sous-commission de la CEP qui s'est penchée dès le 30 janvier sur les activités liées à la politique extérieure au parlement. Dans une lettre adressée au Bureau du National datée du 19 novembre, Walter Frey, alors président de la commission, demande clairement l'instauration d'un budget autonome pour la CEP, la constitution d'un secrétariat et revendique surtout davantage de transparence et de coordination au niveau de la politique extérieure. Après avoir précisé que les parlementaires devraient avoir la possibilité de se déplacer davantage, un membre de la CEP confie que si «rien ne bouge pour l'instant au Bureau, c'est parce qu'ils sont jaloux de nos voyages». Le Département des affaires étrangères (DFAE) ne juge pour l'instant pas utile de commenter le document.