Vaud

«Nous visons 50 000 visiteurs par an au château de Coppet»

Co-héritier du château de Coppet, Rainier d’Haussonville, exprime les vues des nouveaux propriétaires sur le château et son exploitation publique

Après le récent décès du comte Othenin d’Haussonville, comment les nouveaux propriétaires du château de Coppet se positionnent-ils sur l’ouverture du monument au public et l’avenir du domaine, étroitement lié au développement du bourg? Rainier d’Haussonville, 41 ans, se fait porte-parole de la nouvelle génération, la 9e depuis Jacques Necker. Cadre dans une multinationale de services publics, après avoir travaillé dans les cabinets des premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin, il remet d’emblée en question le «modèle économique» de gestion du château, où il aimerait multiplier par dix le nombre de visiteurs.

Le Temps: Qui sont les nouveaux propriétaires du château de Coppet?

Rainier d’Haussonville: En 2008, notre père a constitué la fondation Othenin d’Haussonville, qui a reçu le château en usufruit. Avec ma mère, ma sœur Takouhie et mes frères Hugues-Bernard, Simon et Jean, nous sommes donc appelés à devenir nous propriétaires du château et pleins propriétaires du reste du domaine.

– Quelles sont vos attaches avec Coppet?

– Depuis notre petite enfance, Coppet représente le centre de notre vie de famille. Nous y avons tous des souvenirs très personnels, comme nos premières baignades d’enfant dans le lac ou le cortège annuel du 1er août avec la fanfare. Dès notre plus jeune âge nous avons été impliqués dans la vie du château, fait parfois fait le guide ou encore passé à la cire les reliures des livres de la bibliothèque. Sans compter les discussions interminables sous le grand cèdre du parc.

– Alors que votre père vivait à Coppet à l’année depuis 2001, les nouveaux propriétaires de Coppet sont actuellement tous domiciliés en France. L’un ou l’autre d’entre vous a-t-il l’intention d’habiter le château?

– Oui, l’un d’entre nous souhaite habiter Coppet. Nous sommes tous d’accord sur ce projet, qui se fera le moment venu. Nous voulons faire en sorte que Coppet reste une maison de famille, ce qui contribue au charme particulier de ce lieu.

– Le château restera-t-il ouvert au public?

– Notre arrière-grand-mère et notre arrière-grand-tante ont ouvert le château à la visite dès 1924-25, ce qui à l’époque était faire œuvre de pionnier. Notre volonté unanime est de protéger le château de Coppet et de le conserver dans la famille. Nous tenons à ce que le château et ses collections continuent à être accessibles au public.

– On décompte entre 4000 et 5000 visiteurs par an au musée du château de Coppet. Est-il selon vous possible d’en attirer davantage?

– Coppet a connu des fréquentations de plus de 15 000 visiteurs par an, malgré un contexte touristique moins favorable qu’aujourd’hui. Il s’agissait d’une époque où notre père s’impliquait personnellement dans le développement du château. Vu l’intérêt culturel du lieu et son accessibilité, nous pensons qu’il faut se montrer ambitieux. Il n’est pas déraisonnable de se fixer un but de 50 000 visiteurs par an.

– Comment l’atteindre?

– Le potentiel de Coppet est extraordinaire. Il faudra travailler avec la commune de Coppet et les acteurs locaux attachés au maintien de ce patrimoine. Cela pose la délicate question du modèle économique choisi. La fondation a pour but d’utilité publique de faire vivre le patrimoine historique et culturel, mais elle assume aussi l’obligation d’entretenir et de rénover le château. Cette donnée nouvelle n’a pas toujours été bien comprise. La fondation doit démontrer sa capacité économique à assumer cette obligation et adapter sa gouvernance économique en conséquence. Pour l’heure, depuis le décès de notre père, qui le présidait, notre famille n’est plus représentée au conseil de fondation. Elle doit y retrouver une place à la mesure de son engagement pour la protection et le développement de ce patrimoine.

– Il y a eu entre votre père et ses enfants des divergences sur la valorisation de certains terrains dont la vente devait permettre la rénovation du château. Quelle est votre position aujourd’hui?

– Comme je l’ai rappelé, la fondation s’est engagée à entretenir et rénover le château et c’est dans le cadre de cette obligation que nous avons parfois été amenés à prendre position publiquement. Pour ce qui nous concerne, nous sommes soucieux du maintien de la qualité et de la beauté du site. Le château est un monument historique d’importance nationale, il faut éviter un démantèlement du domaine. Nous entendons participer activement aux réflexions sur la qualité architecturale et paysagère de tout développement qui pourrait intervenir aux alentours du château et du vieux bourg de Coppet. Notre famille est très unie. Cela nous permet d’entrevoir l’avenir avec sérénité.

Publicité