Elire le Conseil fédéral au scrutin populaire majoritaire, réhabiliter «papa au boulot, maman aux fourneaux» et leur demander de prendre une complémentaire pour qu’un éventuel avortement échappe à l’assurance solidaire… L’UDC et la droite rivalisent d’imagination en vue des prochaines élections fédérales.

On pourrait appeler cela de l’«initiativite». Définition du néologisme: tremplin pour les élections fédérales de 2011. Elles fleurissent, oui, les initiatives populaires de la droite (lire LT des 26 et 27.01.2010), même si la gauche n’est pas en reste. L’UDC et les milieux anti-avortement ont désormais jusqu’au 26 juillet 2011 pour harnacher leurs trois chevaux de bataille. Les deux premiers émanent de l’UDC, qui réclame, primo: une élection du Conseil fédéral par le peuple au scrutin majoritaire, avec deux sièges réservés à la minorité latine; secundo: que les parents qui gardent eux-mêmes leurs enfants bénéficient aussi de déductions fiscales. Le troisième, enfin, enfourché par des membres de l’UDC, du PDC, du PEV et de l’UDF, exige que l’avortement ne soit plus couvert par l’assurance-maladie de base.

L’UDC, on le sait, n’a pas pour habitude de faire dans la dentelle. Après avoir réclamé ce week-end la démission du Conseil fédéral suite au désaveu infligé par la justice dans l’affaire UBS aux Etats-Unis, elle voudrait maintenant – c’était attendu – que le gouvernement soit élu par le peuple. Mais on ne peut pas dire qu’elle bénéficiait mercredi de relais médiatiques spectaculaires. Seul le Blick y consacrait un article qui allait un peu plus loin que la dépêche de l’ATS. Cela s’explique sans doute par le fait que l’initiative pour l’élection est partie de la section zurichoise de l’UDC, qui a ensuite obtenu le soutien de l’assemblée des délégués de l’UDC suisse en octobre. Les médias alémaniques en ont beaucoup parlé à ce moment-là, davantage que les romands.

Mais «ces péripéties donnent-elles une chance» à l’initiative? se demande Georges Plomb dans ses «Lauriers», blog hébergé par Coopération. «En 1900 et 1942, deux premières initiatives échouent (lire ci-dessous). Par ailleurs, l’UDC peine à gagner les élections au scrutin majoritaire. A Neuchâtel et à Soleure, deux candidats UDC au Conseil des Etats viennent de trébucher. Mais on ne sait jamais.»

Quant à la déduction fiscale pour garde d’enfants, il faut lire le blog énervé du jeune radical valaisan Philippe Nantermod sur le site de 24 Heures: «Certains demandent aujourd’hui que cette déduction soit aussi accordée aux parents qui font le choix de garder eux-mêmes leurs enfants. Idée sympathique qui sent l’égalitarisme à plein nez, mais difficilement justifiable. La déduction forfaitaire proposée de 10 000 francs par an ne correspondant par définition à aucune dépense concrète, elle doit certainement être conçue comme une mesure incitative. Mais incitative de quoi? Est-ce un moyen de favoriser le modèle familial «traditionnel»: maman aux fourneaux et papa au boulot?» Adrian Amstutz, le vice-président de l’UDC, s’en défend dans la Basler Zeitung, mais les autres médias alémaniques accordaient peu d’intérêt à cette initiative mercredi.

Autre sujet «familial», l’interruption volontaire de grossesse, à laquelle on s’attaque aussi maintenant à droite. Le Courrier y voit une «offensive de l’ordre moral», où «les initiants s’attaquent doublement aux femmes. De manière frontale, d’abord, en remettant en cause un droit fondamental, celui de choisir de mettre au monde un enfant ou pas. Un droit arraché de haute lutte, après des années de mobilisation. […] L’initiative est ensuite hostile aux femmes aux revenus modestes. Car les milieux plus aisés auront toujours la possibilité de contracter une assurance complémentaire. Ce que les initiants recommandent, faisant le lien, dans un parallèle douteux, avec les soins dentaires.»

Le débat entre Oskar Freysinger, le conseiller national UDC valaisan, et Thérèse Meyer, sa collègue du PDC fribourgeois, dans Forum de RSR-La Première mardi soir, en a d’ailleurs dit long sur le fossé qui peut séparer le conservatisme machiste d’une vision progressiste, fût-elle (démocrate-) chrétienne. Tout comme celui, contradictoire, mené par Le Matin, entre Valérie Kasteler-Budde, coprésidente du Parti évangélique genevois et du comité pour l’initiative, et Adèle Thorens Goumaz, conseillère nationale (Verts/VD) et future jeune maman. De quoi embarrasser le PDC et l’UDC confondus, qui voient d’un mauvais œil cette offensive de quelques francs-tireurs issus de leurs rangs.

«Il souffle un petit vent mauvais sous la Coupole», s’inquiète enfin le site Largeur.com, en jouant sur l’ironie: «Avec une initiative visant à supprimer le remboursement de l’avortement et un Conseil fédéral hors-la-loi pour avoir cafté auprès du fisc américain, le pouvoir politique offre de réjouissants spectacles.»