«Qui veut définir où il va doit savoir d'où il vient.» C'était mardi le fil rouge du discours prononcé par le conseiller fédéral Kaspar Villiger sur la prairie du Grütli, là même où les trois Suisses scellèrent leur alliance le 1er août 1291. Un essai de lecture du présent et de l'avenir à la lumière du passé. Placés devant le défi d'affronter la globalisation de l'économie, les Suisses sont invités à surmonter leurs propres peurs, la paresse et la timidité naturelle face aux risques. Kaspar Villiger ose cette comparaison: les Suisses ont aujourd'hui besoin du même courage qu'eurent les Waldstätten quand ceux-ci choisirent de s'ouvrir aux échanges plutôt que de se contenter d'assurer leur autosubsistance. Le conseiller fédéral invite les Suisses à voir dans la globalisation des échanges davantage une chance qu'une menace. «Cette mutation est la source d'un énorme potentiel de croissance et de bien-être pour toute la population.» L'ouverture des marchés, l'utilisation de nouvelles méthodes de production, une nouvelle division du travail, le commerce par-dessus les frontières: c'est ce que vécurent les paysans de la Suisse primitive. Ils surent s'adapter et procéder aux réformes nécessaires. C'est une leçon positive.

Mouvement irréversible

Pour le ministre des Finances, la culture politique suisse – le modèle de la concordance – est durement mise à l'épreuve. Par l'internationalisation de la vie politique bien sûr, par la polarisation des débats, mais aussi par l'individualisme: «L'égoïsme, cette tendance croissante dans la société, est un poison pour une culture de la solidarité vivante.» D'un autre côté, la participation accrue de la Suisse à la vie internationale est inévitable. Même les plus grands Etats doivent céder une part de leur autonomie dans un mouvement irréversible.

F. Mx