Les grincheux diront qu'il ne suffit pas de recommander aux grandes surfaces d'étiqueter leurs produits dans les deux langues pour faire du bilinguisme. Que les mini-mesures proposées par les autorités biennoises ne sont pas de nature à préserver une minorité romande qui se sent oppressée par l'hégémonie alémanique. C'est vrai que le catalogue présenté mardi est modeste, peu spectaculaire et n'offre pas la garantie du succès. Il va pourtant dans le bon sens. Il évite surtout le piège malsain de la défense unilatérale de la minorité romande. Sans exiger que chaque communauté linguistique rompe avec son identité culturelle, Bienne la bilingue fait le pari qu'un jour ses habitants vivront en bonne harmonie. Parce qu'ils seront capables de se parler et de se comprendre, ils se respecteront. Peu importe que ce soit en français ou en allemand. Le respect commandera d'ailleurs au parfait bilingue d'utiliser la langue de son interlocuteur peut-être moins habile dans la langue du partenaire. Pont entre Suisse romande et Suisse alémanique, Bienne réussira son pari du bilinguisme si elle parvient à construire des passerelles entre ses habitants de langues différentes. Le laboratoire le plus à même d'y parvenir est évidemment l'école.