C’est un avertissement que lance Foraus, le laboratoire d’idées en matière de politique étrangère: «Attention, la voie bilatérale avec l’UE, longtemps qualifiée de «voie royale» pour la Suisse, pourrait à terme se transformer en voie de garage!» Dans une nouvelle publication, Foraus a analysé cinq domaines où notre pays pourrait largement profiter de la coopération avec l’Europe, à condition de ratifier l’accord-cadre en cours de discussion.

Sur le plan politique, la situation est bloquée. Bien que le peuple ait exprimé ce week-end sa volonté de poursuivre la voie bilatérale à une majorité de 62%, le Conseil fédéral n’a pas encore décidé de l’attitude qu’il adopterait face à Bruxelles sur la question institutionnelle. Il lui a signifié qu’il souhaitait clarifier trois points, soit la protection des salaires, les aides d’Etat et la directive sur la citoyenneté impliquant un accès facilité aux assurances sociales. Ce mardi, le président du PDC Gerhard Pfister a rouvert un nouveau front, celui du règlement des litiges. «Dans ce processus, l’influence de la Cour de justice de l’UE est toxique», a-t-il tonné dans une interview au Tages-Anzeiger.

Une question de prospérité et de bien-être

Foraus se désole de ce discours agressif. «Notre voie bilatérale ressemble à un smartphone dont les applications ne sont pas mises à jour», a déclaré Darius Farman, coauteur de la publication. Or, cette mise à jour, qui profiterait au bien-être et à la prospérité des Suissesses et des Suisses, ne peut se faire qu’à travers un accord institutionnel.

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Le laboratoire d’idées a analysé cinq domaines touchant de près à la vie quotidienne des citoyens: la santé, l’électricité, les télécommunications, l’environnement et la recherche. Une liste non exhaustive: il aurait pu y ajouter la formation ou les services financiers. De manière générale, il dresse un constat inquiétant. «En Suisse, le débat actuel sur l’accord-cadre avec l’UE ne tient compte ni des opportunités manquées, ni des risques croissants. Les politiciens font une mauvaise évaluation lors de la pesée des intérêts», regrette Darius Farman.

La pandémie de coronavirus le montre à l’évidence: une coopération internationale est plus nécessaire que jamais. Un accord sur la santé a été finalisé en 2015 au niveau de l’UE, mais Bruxelles refuse que la Suisse y participe en l’absence d’un accord institutionnel. Cela aurait pu avoir des conséquences graves lorsque du matériel sanitaire a été bloqué à la frontière allemande en mars dernier. A la suite d’intenses efforts de coordination et de négociation, la Commission européenne a accordé une dérogation aux pays de l’Association européenne de libre-échange (AELE), dont la Suisse fait partie.

Enormes coûts additionnels

La Suisse sera-t-elle à nouveau exclue de cette coopération au terme de la crise du coronavirus? C’est une crainte légitime et aussi un risque. La Suisse se doit de participer par exemple à un système d’alerte coordonnant l’information entre Etats membres de l’UE sur les maladies transmissibles. Cela sans parler de l’Accord de reconnaissance mutuelle (ARM) concernant les produits de technologie médicale, qui élimine de laborieuses et coûteuses procédures de certification. Si une solution politique n’était pas trouvée à ce sujet d’ici au 26 mai 2021, cette branche stratégique se verrait confrontée à des coûts additionnels estimés à près de 1 milliard de francs.

«Le statu quo n’est pas une option», a insisté Franziska Vogel, coautrice de la publication. A terme, il conduirait à l’érosion de la voie bilatérale, voire même à «son agonie».