La troisième voie entre Lausanne et Genève n'est pas la seule oubliée du ZEB, le programme de développement de l'infrastructure ferroviaire en Suisse. Le Conseil fédéral n'a pas retenu non plus dans son plan la suppression du goulet de Gléresse, sur la rive gauche du lac de Bienne: 1800 mètres à voie unique, au centre des axes Bâle-Bienne-Genève et Zurich-Bienne-Lausanne.

«Hier encore, j'ai vu plusieurs trains ICN arrêtés, attendant de pouvoir croiser», raconte Uli Berber, maire de Gléresse, 530 habitants. La région biennoise, soutenue par le canton de Berne, le lobby des ministres romands des transports OuestRail, ceux du Nord-Ouest (AG, BE, BL, BS, SO et JU) et de nombreux parlementaires neuchâtelois, bernois et soleurois, exige que le programme ZEB intègre le maillon de Gléresse: elle dispose d'un projet ficelé, agréé en coulisses par les CFF. Il consiste à doubler la voie, pas sur son tracé actuel, trop exigu, mais de le glisser dans un tunnel de deux kilomètres à creuser, parallèlement au tunnel routier. Coût devisé: 150 à 200 millions. «Il y a urgence, clame, Uli Berger. Si le financement fédéral nous est garanti, l'aménagement peut être réalisé en sept ans.»

Toutes les cinq minutes

La suppression du goulet de Gléresse n'est pas seulement attendue par les riverains du village vigneron, qui doivent subir le passage quotidien de 250 trains Intercity, régionaux et de marchandises, un pratiquement toutes les cinq minutes, souvent à quelques mètres de leur maison ou de la terrasse du café. «Cet étranglement génère des désagréments nationaux», clame Béatrice Simon, présidente de Verein seeland.biel/bienne, l'association des communes du Seeland. «C'est le seul tronçon à voie unique sur l'un des axes ferroviaires principaux du pays, entre le lac de Constance et le Léman et entre Bâle et l'Arc lémanique», renchérit Hans Stöckli, maire de Bienne et conseiller national.

Le problème du croisement à Gléresse génère des retards réguliers et interdit la cadence complète à la demi-heure entre Bienne et Lausanne. Il rend difficiles les correspondances à Bienne et empêche l'optimisation du trafic régional Bienne-Neuchâtel. Autre élément dont il faut tenir compte: la ligne du pied du Jura est une voie majeure pour le transport des marchandises. «Les CFF ont testé dernièrement des wagons lourds sur cette ligne», confirme Uli Berger.

«A cause des croisements difficiles, le trafic régional est menacé et il y a un risque de voir le trafic marchandises se rabattre sur le réseau routier déjà surchargé de l'agglomération biennoise», prévient Hans Stöckli.

S'ils sont convaincus de la pertinence de leur requête, les partisans du tunnel ferroviaire de Gléresse à double voie savent qu'ils n'ont aucune chance s'ils se replient derrière leur seul projet. «Nous nous battons pour notre tunnel, mais pas contre les projets d'autres régions», affirme le député radical de Bienne Peter Moser. «Il s'agit de coaliser ceux qui défendent des projets d'amélioration indispensables», renchérit Hans Stöckli, partisan de la troisième voie lémanique.