Voile à l’école: l’UDC vise des dons importants

Valais Les initiatives en rapport avec l’islam sont financièrement porteuses pour le parti

En octobre, le ministre valaisan UDC Oskar Freysinger expliquait au Temps que les initiatives ayant pour thème l’islam valaient toujours à son parti des dons financiers importants. Vendredi, les principaux candidats valaisans au Conseil national, Jean-Luc Addor dans le Valais romand et Franz Ruppen dans le Haut-Valais, lançaient une initiative contre le port du voile islamique dans les écoles valaisannes. Intitulée «Pour des têtes nues à l’école», l’affiche arbore une photo d’une femme voilée d’un niqab. «Ce n’est pas pour ma campagne personnelle», affirme Jean-Luc Addor. «Je ne dis pas que cela n’a rien à voir avec la campagne, mais cela sert à montrer aux gens les enjeux de société importants.»

Aucune statistique à l’appui

Dans leur communiqué de presse, les initiants reconnaissent pourtant qu’il n’y a presque pas de filles voilées dans les écoles valaisannes. «Mieux vaut prévenir que guérir», estiment-ils. Chef du Département de l’éducation, de la formation et de la sécurité, Oskar Freysinger n’a jamais été confronté à cette problématique depuis son élection en mai 2013. «Nous n’avons pas de chiffres concernant le nombre de filles voilées dans les écoles valaisannes. Ces problématiques sont généralement gérées localement par les directeurs d’école et elles ne remontent pas jusqu’au département si des solutions sont trouvées. Pour l’instant, nous arrivons à gérer les choses, touchons du bois pour que cela continue.»

Le ministre ne soutient pas officiellement l’initiative de son parti. «Je ne m’exprime pas à ce sujet, mais il est certain qu’il existe pour l’instant un certain flou juridique sur cette question du voile à l’école. Je suis conseiller d’Etat, et mon travail serait plus simple si on avait une loi claire sur le sujet.»

Sur le terrain, les directeurs d’école ne semblent pas connaître de difficultés. «Cette question m’occupe 30 minutes par année, quand je dois faire un coup de fil aux parents de deux filles pour leur expliquer comment ça se passe», dit Jean-Pierre Meyer, directeur des écoles de Sion. «Il suffit généralement de leur faire visiter les vestiaires de la piscine pour que le problème se résolve. Jamais aucune élève n’a bénéficié ici d’une dérogation. Le dialogue me semble un outil beaucoup plus efficace qu’une loi pour des questions qui se posent au cas par cas», dit-il.

«Nous avons toujours trouvé des terrains d’entente avec les parents», assure aussi Stéphane Germanier, médiateur dans les écoles primaires sédunoises. «Je crains qu’avec des attaques répétées, du type de cette initiative, on ne crée justement des défenses et des réflexes communautaristes, alors que nous n’avons jamais été en situation de rupture de dialogue avec les parents.»

Soutien d’Ecône?

Avec cette initiative, l’UDC espère ratisser large. «Nous n’avons pas sollicité le soutien d’Ecône, mais je peux imaginer que notre démarche aura son appui», expliquait Jean-Luc Addor à 24 heures vendredi. «Sans doute que les appareils de parti seront contre notre initiative, mais je pense que beaucoup de démocrates-chrétiens et de radicaux nous soutiendront. Et même une partie de la gauche où le voile choque les féministes», poursuivait-il.

«La position des autres partis est difficile sur ce sujet, entre la gauche qui ne voit aucun problème et l’UDC qui cherche le conflit», analyse le PDC Yannick Buttet. «Je n’accepterais pas que des élèves portent le voile dans les écoles de la commune de Collombey-Muraz que je préside, sauf dans le cas de réfugiés qui viennent d’arriver et qui ont besoin d’un temps d’adaptation. Cela m’est arrivé, mais la négociation s’est très bien passée. La proposition des députés PDC au Grand Conseil valaisan me paraît la meilleure: prévoir une loi qui laisse la possibilité aux directeurs d’école d’interdire le port du voile, si un cas devait leur poser problème. Avec ce contre-projet, je voterais non à l’initiative UDC. Dans le cas contraire, j’avoue que je me poserais vraiment la question.»