terrorisme

Le voile se lève sur l’inspirateur suissede Mohamed Merah

L’auteur des meurtres de Toulouse a été intégré au sein d’Al-Qaida par un Tunisien qui a vécu dix ans en Suisse. C’est ce que suggèrent des documents issus de l’enquête française

Il est peut-être la main invisible derrière le tueur de Toulouse. Moez Garsallaoui, islamiste tunisien réfugié en Suisse durant dix ans, apparaît comme l’agent recruteur qui a accueilli Mohamed Merah au sein d’Al-Qaida et l’a renvoyé du Pakistan en France. C’est ce que montrent des documents issus de l’enquête française que Le Temps a pu consulter. Le jeune homme a ensuite tué sept personnes avant d’être abattu par la police, le 22 mars 2012.

Un procès-verbal rédigé deux jours après sa mort note ainsi que le communiqué qui a revendiqué ses meurtres émane d’un groupuscule baptisé Jund al-Khilafa («l’armée du califat»), dont Moez Garsallaoui était le «responsable médiatique». La police française décrit ce dernier comme un «individu francophone suisse d’origine tunisienne […] bien connu de notre service depuis 2007 pour son implication dans de multiples dossiers judiciaires liés à des filières de combattants jihadistes en zone pakistano-afghane.»

En réalité, Moez Garsallaoui n’est pas Suisse, mais il a passé dix ans sur territoire helvétique, de 1997 à 2007, dans la région de Berne puis à Guin (FR). Il a été condamné par le Tribunal fédéral en 2008 pour avoir animé un site de propagande terroriste avec sa femme, Malika el-Aroud, veuve d’un des assassins du commandant Massoud.

Après avoir fui en Belgique pour échapper à la prison, Moez Garsallaoui s’est retrouvé au Pakistan, où il est devenu à la fois combattant, organisateur et homme de plume pour Al-Qaida. Il joue «un rôle de plus en plus important au sein de l’organisation […] et pourrait superviser les éléments opérationnels envoyés en Europe pour y commettre des attentats», note le procès-verbal précité.

Outre la revendication, plusieurs indices attestent d’un lien direct entre Moez Garsallaoui et Mohamed Merah. Juste avant l’assaut de son appartement par les hommes du RAID, le tueur s’était confié aux négociateurs de la police française. Il avait expliqué avoir été intégré dans Al-Qaida par un homme plus âgé, francophone, qui l’avait pris sous son aile.

Selon le GCTAT, un groupe genevois d’analyse du terrorisme, ce mentor est certainement Moez Garsallaoui. Chargé de repérer les recrues prometteuses, il aurait plus tard suggéré à Mohamed Merah, qui supportait mal la discipline stricte des camps d’Al-Qaida, de retourner en Europe pour y mener son action terroriste.

En 2009, un jeune djihadiste américain interrogé par le FBI a décrit son accueil au sein d’Al-Qaida par un «Tunisien qui avait vécu en Suisse», «poli et bien élevé», qui parlait français, allemand, italien et plusieurs dialectes arabes. Il approchait les aspirants au djihad comme un grand frère plein d’attention. Cette fibre «humaine» se retrouve aussi dans un éloge funèbre de Mohamed Merah publié sur Internet, dont le style «peu ampoulé et proche de la personne» porte, selon le GCTAT, la patte de Moez Garsallaoui.

En août 2012, le djihadiste tunisien était entré en contact épistolaire avec le GCTAT. Dans un courriel envoyé au centre genevois, il racontait avoir échappé plusieurs fois aux missiles largués par des avions sans pilote américains au-dessus de son refuge du Waziristan. «Depuis le 26 mai je ne bouge presque pas suite à des blessures, écrivait-il. Mon docteur m’a conseillé de ne pas faire des efforts pendant une longue période. Une frappe de drone a ciblé ma chambre à 4 h local [sic] pendant que je me préparais à faire mes prières du matin.»

Sa chance ne durera pas: Moez Garsallaoui a été tué par un drone en octobre dernier.

Poli, bien élevé, Garsallaoui approchait les aspirants au djihad comme un grand frère plein d’attention

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