Gérard, 30 ans, est chauffeur à Peseux (NE). Un soir d’octobre 2009, il a frappé sa femme. Arrêté et confronté à une demande de divorce, il suit depuis une thérapie de groupe. À la veille de la Journée Internationale pour l’élimination de la violence envers les femmes, nous avons recueilli son témoignage.

«J’avais passé la soirée chez mon frère. Mon épouse était restée chez mon grand-père, qui nous hébergeait. Quand je suis rentré, tard, sans l’avoir prévenue, le ton est monté très vite. Elle a exigé des explications que je n’avais pas envie de donner, les insultes ont fusé, et on en est venu aux mains. Mon grand-père a tenté d’intervenir, il a dû se prendre un ou deux coups. J’ai fini par pousser ma femme dans le dos et elle est tombée sur un cadre en verre. En la voyant par terre, en larmes, les mains en sang, j’ai eu une espèce de déclic. Je vois encore ses mains ensanglantées. Elle était en état de choc. C’est là que j’ai appelé la police pour leur dire de venir, qu’il y avait eu violences conjugales, et qu’il fallait une ambulance.

Tout ça s’est passé en un claquement de doigts, mais je me souviens de tout. Si j’avais été complètement ivre, je n’aurais sûrement pas appelé la police. À leur arrivée, les policiers se sont montrés plutôt sympas, si je peux dire. Mais dès que le test d’alcoolémie s’est révélé positif, ils m’ont menotté et emmené au poste, à La-Chaux-de-Fonds.

Ma femme, elle, a été emmenée à l’hôpital. Au poste, toutes sortes de sentiments se mélangeaient en moi. La honte, d’abord, parce qu’en tant que pompier volontaire, je connaissais les ambulanciers. Le lendemain, nous avions prévu, avec mon épouse, de faire une course avec les pompiers, et je me suis demandé comment leur expliquer les choses. L’injustice, aussi, parce que pour la police, j’étais fautif à 150%. J’ai d’abord été entendu par un agent, puis par une agente, qui appuyait là où ça faisait mal. J’ai eu l’impression qu’elle faisait tout pour prendre la défense de mon épouse, en quelque sorte, et ça m’a paru injuste. Enfin, au bout de deux heures, la colère, quand j’ai appris que ma femme déposait plainte et demandait le divorce. J’ai dû donner les clés de la maison et été interdit d’approcher de chez moi pendant plusieurs jours.

Avant ce soir d’octobre, je n’avais jamais frappé ma femme. Entre nous, il y avait des tensions, oui, mais pas physiques. Plutôt des menaces, du chantage, comme «si tu ne fais pas ça, je m’en vais» ou «fais gaffe, je vais m’envoyer en l’air». Et puis, je la rabaissais quand j’étais avec des amis, en la critiquant, en disant qu’elle ne savait pas faire telle ou telle chose. Aujourd’hui, j’ai un autre regard sur mon passé, je suis plus conscient des choses.»

Le Temps revient plus longuement dans son édition du jeudi 25 novembre sur la Journée Internationale pour l’élimination de la violence envers les femmes.