La parole est aux avocats de la plaignante lointainement malmenée de ce procès. La mère d’un des sept détenus tués à Pavon, cette septuagénaire dépassée qui a tenu la vedette à l’ouverture des débats en devenant la star éphémère d’un article de presse, signé Arnaud Bédat, puis la cible menacée et désormais protégée de ce dossier sensible.

C’est Alexandra Lopez qui commence en disant, si calmement, tout le mal qu’elle pense de la stratégie de défense d’Erwin Sperisen. Dénigrement du procureur et des enquêteurs internationaux, intimidation des témoins, manipulation des médias, argumentaire qui veut faire des victimes les agresseurs. «Une attitude méprisable qui contraint vos avocats à plaider jusqu’au ridicule».

Et Me Lopez de s’adresser ainsi au prévenu: «Vous auriez mieux fait d’assumer, de dire que la fin justifie les moyens ou quelque chose du genre. Au moins vous auriez fait preuve d’un certain courage».

Erwin Sperisen ne bronche pas. Il ne laisse jamais rien transparaître. Il écoute avec attention l’interprète qui doit redoubler d’effort pendant ces plaidoiries. Au moins, la traduction n’est pas chahutée.

Les juges ont pris leurs stylos et notent les références que cite l’avocate à l’appui de sa démonstration. Cette pièce, par exemple, où un garde du corps dit avoir demandé à Javier Figueroa, l’ami d’enfance et bras droit de Sperisen, pourquoi il a quitté son métier de gynécologue pour la police. La réponse dudit Figueroa: «Hitler aussi avait un médecin comme bras droit».

Me Lopez annonce ne pas vouloir refaire le vaste exercice déjà réalisé vendredi par le procureur Yves Bertossa mais seulement ajouter certains éléments. Ouf.

Pas de chance. L’avocate ne parle pas très fort et une perceuse lui fait désormais concurrence. On commence à se croire sur un chantier. Le bruit s’est enfin tu. Juste au moment où l’avocate réclame 40 000 francs de tort moral pour les pleurs de cette mère et 15 000 francs de plus pour la peur que cette plaignante – la seule qui a eu le courage d’intervenir dans ce procès – endure désormais au Guatemala.

Passage de témoin et changement radical de volume. Aucune perceuse ne pourrait rivaliser avec Alec Reymond et son énergie à défendre ce procès et faire taire ceux qui pensent que la justice genevoise ne devrait pas se préoccuper de ces morts si lointaines, victimes d’une «purge immonde», alors même que le prévenu est binational et que le for s’impose à Genève.

«C’est un procès juste et indispensable. Il relève de notre responsabilité internationale d’Etat attaché à la loi et aux valeurs des démocraties modernes. Il faut que le monde sache qu’il n’y a pas d’asile en Suisse pour des tortionnaires, ni pour des assassins».

Passé maître dans l’art de torpiller ses adversaires, Alec Reymond n’épargne rien à la défense, à sa «fumeuse théorie du complot», à ses complaintes farfelues sur la violation de ses droits, à ses relais médiatiques et à son fanatisme. Cela fait très mal aux uns et beaucoup de bien aux autres.