Asile

Vol spécial pour Tbilissi pour une famille yézidie

Opprimés en Géorgie, ils sont arrivés en Suisse en 2011. Ce couple et leurs trois enfants viennent d'être expulsés manu militari. Récit d'un renvoi choquant

Il est à peine 6 heures ce mardi 16 avril. Le chemin de Morex à Leysin est encore assoupi. Plusieurs véhicules de la police vaudoise, dont deux minibus et une ambulance, s’arrêtent devant le numéro 3. Roselyne Froment, une voisine qui sort promener son chien, chiffre à une quinzaine le nombre d’agents qui tout à coup font face à la maison et la poussent à rebrousser chemin: «J’ai pris peur, j’ai cru à une opération antiterroriste ou à l’arrestation d’un dangereux criminel.»

Les policiers montent au troisième étage, où le serrurier qui les accompagne force la porte d’un appartement. Il est occupé depuis six ans par la famille D*, des requérants d’asile géorgiens de confession yézidie. Ils sont cinq, le père Erik, la mère Marina et les trois enfants de 7, 4 et 2 ans nés en Suisse. C’est l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants, l’EVAM, qui leur a trouvé ce logement. Ensuite ce sont des cris, des bruits de lutte qui réveillent tout le quartier. Nicolas Vaudroz, le propriétaire de la maison, qui y habite également, se lève. Il demande à voir ceux qu’il considère comme ses amis. Les policiers le repoussent. «Avez-vous un mandat de perquisition?» interroge-t-il. Un inspecteur agite un procès-verbal de notification, y écrit de sa main le nom de Vaudroz Nicolas et le paraphe de son nom d’officier.